Scierie ambulante

     Pendant la dernière guerre : une scierie ambulante, l’entreprise MÉRIGUET

  LE 31 Août 1941, par un jour de pluie, un jeune homme, Jean BEYLOT, arrive en terre inconnue : LALIZOLLE ! Employé à l’entreprise MÉRIGUET de DOURNAZAC près de CHALUS (Haute-Vienne). Le jeune homme à l’accent chantant  accompagne le déplacement d’un banc de scierie en terre bourbonnaise.

      A DOURNAZAC, assisté de deux ouvriers, Joseph MÉRIGUET est à la tête d’une petite entreprise de MACHINES. La désignation de son matériel donne une idée de ses activités qui s’échelonnent tout au long de l’année : scie forestière à chaudière, ébourreuse à trèfle, batteuse à blé. En ce temps de disette, il réussit à décrocher LE  marché du moment présent dans notre  région, proposé par M.GROSLIERE. Il s’agit de l’exploitation des coupes de bois appartenant au Baron De BOUTRAY, vaste territoire qui s’étend, entre autres sur la commune de LALIZOLLE.

     L'arrivée de Jean BEYLOT envoyé en précurseur sera bientôt suivie de celle de son patron. es travaux de près-sciage qui onsistent en abattage, élagage, mise à façon (en stères, charbonnette, charbon) et débardage sont confiés à une main-d’oeuvre locale, une aubaine pour un certain nombre de personnes d’origine italienne comme les dénommés Frédéric et Nénesse ou espagnole, réfugiées dans notre région, dont certaines qui y resteront comme Victor AGUILAR, Juan BAUTISTA, Fernand GARCIA. D’autres n’ont laissé qu’un nom d’emprunt propre à leur situation pour le moins fragile mais ils ne sont pas oubliés, les « Torero », Manuel, Francisco, Diaz, Mine le Catalan, Perrez, Louis Lunez, Molero et le dit « Sourd ».

     La force de traction en cette période est confiée à l’animal. Les deux boeufs « blancs » du bouvier retenu, Marcel LAFORET, seront épaulés par six « salers » du propriétaire des Bois. Ainsi quatre attelages alterneront pour assurer le débardage, traînant de lourds triqueballes, depuis FONTFROIDE en passant par la BOUGARDE, DUÈME et  GIRONDET. Ils amèneront jusqu’au lieu de sciage les troncs à débiter sur « La Forestière ». C’est une scie à ruban actionnée par la vapeur obtenue d’un foyer chauffé au bois, installée à « GIRONDET », près de l’actuelle stèle du Souvenir des Résistants fusillés route de la Verrerie.
     Le chariot, manoeuvré à l’aide d’une manivelle, approche sous la denture de la scie, chênes et hêtres débités en plateaux et planches. Les croûtes qui s’affalent seront une appréciable source de chaleur pour les locaux en cette période de disette. (*) 
      La production est transportée, par la route de SUSSAT vers St- BONNET de ROCHEFORT. Les expéditions se feront par voie ferrée depuis la gare. Jean BEYLOT devient peu à peu l’homme de confiance. Il encadrera plusieurs équipes d’ouvriers parmi lesquels Marcel LAFORET, Paul SYLVE, Pierre VESSEAUX, puis verra renforcer le personnel par la présence de Fernand COUTARD, Jean CITERNE.
     La scierie MÉRIGUET fonctionnera tant qu’elle sera alimentée par le cubage de la coupe De BOUTRAY, c’est-à-dire jusqu’en 1944, discrètement mais de plus en plus surveillée par les forces occupantes !
     Joseph MERIGUET démontera la « Forestière » qui reprendra le chemin de la Haute-Vienne par chemin de fer.  Cependant, son homme de confiance, Jean BEYLOT, lui, restera au bourg de LALIZOLLE et signera un fameux bail avec ce pays d’adoption qu’il quittera pour regagner CHALUS, dans le canton de DOURNAZAC.   
     Originaire de MIALLET, ce garçon de café de l’Hôtel- Restaurant « PUCHO » de BEZON près d’ARGENTEUIL, évacué en compagnie de Marie- Rose LAPOUMEROULIE, chambrière et payse, lors de « la Débâcle » de 1940, n’avait pas imaginé un seul instant fonder famille en terre bourbonnaise !

(*) Le plus bel arbre scié fut un chêne dont le diamètre dépassait le mètre.

Témoignage de Jean BEYLOT
Propos recueillis par Michel VIVIER