Michel Matinier

Un grand résistant originaire de LALIZOLLE : Michel MATINIER  


Dans la salle polyvalente de Nades, une cinquantaine de personnes avaient répondu à l’appel du Pays de Lisolle pour une présentation d’un personnage dont la mémoire se doit d’être conservée : Michel, Alphonse MATINIER. C’est Roland DUBOST* qui soulevait le voile sur ce personnage méconnu.

Michel, Alphonse MATINIER naquit en 1888 à Boënat d’une famille MATINIER dont on retrouve le patronyme dans des écrits de 1418 ! Remarqué par son instituteur, il fut encouragé à poursuivre des études. A son tour, il devenait instituteur en 1911 et prenait la voie de tous ces maîtres d’exception qui ont honoré l’école. La première partie de sa carrière se déroule au Montel de Gelat en couple avec Mme MATINIER (née RICHARD, originaire de Lalizolle, normalienne de l’E.N. de Clermont-Fd)
Secrétaire de mairie à la disposition de la population, il offre aussi son temps aux enfants, le jeudi pour pratiquer de nombreuses activités de découvertes et d’expérimentation. Passionné par l’image, il permet à ses élèves de se familiariser avec les premières représentations cinématographiques.

La seconde partie de sa carrière a pour cadre l’école normale de Clermont-Ferrandd à partir de 1931. Il s’investit complètement dans le développement de la cinémathèque du Massif Central (amorce du futur Centre de Documentation Pédagogique).

Constant exemple de droiture et de dignité, ouvert à toutes les initiatives et à toutes les innovations, respectueux de l’enfant, il parvient à faire rayonner son idéal. Son enseignement véritablement laïque, digne de la démocratie voulait que les citoyens voient par eux-mêmes pour agir par eux-mêmes.

Septembre 1941 : le journal officiel mettait fin aux activités dans l’Éducation Nationale des époux MATINIER à compter du 1er janvier 1942 en raison de leur appartenance à la franc-maçonnerie. Les époux MATINIER entrent alors en Résistance.

Michel MATINIER est chargé d’une mission de renseignements et de repérage des miliciens, francistes et autres agents . Un emploi de couverture lui est offert à la Mairie de Clermont-Ferrand. Il œuvre dans plusieurs formations de la Résistance avec Nestor PERRET, chef de la ville de Clermont-Fd. Il sert, combat, développe le réseau GOELETTE avec DESORTIAUX. Son emploi en mairie lui permet quantité d’actes de résistance au quotidien (presse clandestine, falsification et fabrication de cartes d’identité, aiguillage des réfractaires du S.T.O. vers les filières du maquis). Enfin avec Mme MATINIER, ils prennent en charge Juifs et Résistants.

Le 9 Août 1944, il est arrêté, torturé à mort par la GESTAPO sans avoir parlé. Son corps est retrouvé le 24 novembre 1944 dans une fosse macabre à Aulnat. Ses obsèques ont lieu le 27 Novembre 1944 au milieu d’une immense affluence. Charles de Gaulle signe lui-même l’arrêté de citations de Michel MATINIER.

Il lui sera attribué :
- la Croix de Guerre avec Palme
- la Médaille de la Résistance
- la Légion d’Honneur.

La communauté juive de Clermont-Fd fera en sorte que l’organisation YAD VASHEM plante un arbre et scelle une plaque dans l’allée des Justes sur les hauteurs de Jérusalem. En 2003, le conseil municipal de Clermont-Fd décidera d’attribuer le nom de Michel MATINIER à l’une des rues de la ville (voie reliant la rue de la Barre à la rue Charles Garnier).

Nul doute, qu’en son pays natal, le Pays de Lisolle, on saura aussi conserver la mémoire de ce grand résistant dans le souvenir duquel on associera celui de Mme MATINIER, celui de Mme TREBOSC-MATINIER, leur fille et celui de M. TREBOSC, eux-mêmes tous grands résistants reconnus. 

Par décision n° 787, sur proposition du ministre de la Guerre, le président du gouvernement provisoire de la République, chef des armées, cite, à l’Ordre des armées, à titre posthume Michel Alphonse MATINIER, 2ème classe de la Direction Générale des Études et Recherches, Résistant de la première heure appartenant à l’organisation clandestine de passage en Espagne et au groupement de résistance des instituteurs, agent de confiance de D.M.R. 6 pyramide, arrêté sur dénonciation en août 1944, torturé sans parler et assassiné, ces citations comportent l’attribution de la Croix de Guerre avec palme.
Signé : Charles de Gaulle  

  • Roland DUBOST (ou « DUBO » en Bourbonnais) est né à Coutansouze en 1936. Sa mère est élevée à Nades, son père est natif de Boënat. Il a fréquenté l’école de Coutansouze. A 13 ans, il rejoint un lieu d’orientation fréquenté par les gars du pays : le collège technique de Montluçon (devenu ENET, actuellement lycée Paul Constans) dirigé par Pierre BOUCHERET (originaire de Nades). Il poursuit sa formation technique en électricité industrielle, puis électronique à Clermont-Ferrand.

 

Quelques éléments sur la famille de Michel Alphonse MATINIER

Extrait du registre matricule de l’école de Lalizolle
François MATINIER né le 28 mars 1857 (père de Michel Alphonse)
Fils de Marguerite MATINIER (enfant naturel) Son nom figure sur les seuls 3 registres existant dans les archives de l’école concernant cette période : 1865, 1870, 1872.
Il a dû entrer à l’école le 1er mai 1865.
Sur le registre de 1870, à la rubrique « Nombre de mois pendant lesquels l’élève a fréquenté l’école les années précédentes », est indiqué : 42 mois.
Sur le registre de 1872 : 47 mois.
D’autre part, son nom figure de 1865 à 1872 sur la liste de « élèves admis gratuitement » ; il a certaine- ment quitté l’école en 1872.
A noter : 47 mois de fréquentation scolaire est assez remarquable pour l’époque. Peu d’enfants effectuaient le long trajet Boënat—Lalizolle. En 1865, dans toute la commune, sur 100 enfants scolarisables âgés de 7 à 13 ans, seuls 40 ont fréquenté l’école, et irrégulièrement -éloignement, intempéries, travaux des champs …- 

Ce que je sais de François MATINIER (par Roger MALAPAIRE)  

La famille MATINIER a dû quitter Boënat aux environs de 1930, peut-être un peu avant. La maison fut achetée par monsieur et madame ESTÈVE, ainsi que le jardin qui avait la renommée d’être admirable- ment bien entretenu ; il le fut aussi pendant toute la vie de monsieur ESTÈVE.

J’ai entendu parler de François MATINIER par mon grand-père, mon père, ainsi que par les Anciens de Boënat. A cette époque, il faisait ramasser les champignons selon les saisons, les girolles, les bolets-cèpes, les trompettes des morts. Il devait être le seul habitant du village, et peut-être des environs, à les connaître. Il avait transmis son savoir aux habitants du village qui ne connaissaient pas et étaient très méfiants. Il connaissait tous les comestibles, ainsi que la manière de les cuisiner, recettes qu’il indiquait aussi. C’est par caisses entières qu’il embarquait ces champignons, pour les grandes villes mais surtout à Paris, toutes les semaines en gare de Bellenaves ou de Louroux de Bouble. Il payait la cueillette à des femmes de Boënat et des environs. A cette époque, les champignons poussaient en abondance dans la forêt des Colettes et les bois de Veauce et selon les Anciens, personne ne les ramassait. La forêt n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, surexploitée, les tronçonneuses n’existaient pas, pas plus que les monstres de débardage que nous voyons maintenant. Les voitures aussi étaient ab- sentes, pas question que les gens des villes de Moulins, Montluçon, Clermont et autres viennent se per- dre dans nos bois.

Il y avait à Boënat un Ancien qui ne devait pas être natif d’ici, il venait d’ailleurs. Il ne parlait pas patois, signe qu’il ne devait pas être du coin ! Politiquement, il n’était pas un ami de François MATINIER.
Il disait à un jeune de Boënat qu’on appelait à l’époque « le p’tit François » :
− « Tu sais, mon p’tit François, ce républicain bâtard, avec ses champissons, il a empoisonné la moitié de Paris ; oui, oui, c’est comme je te dis !
− Ho ! Père TURBIZE, la moitié de Paris ! Ça fait du monde, ça !
− Je te crois, mon p’tit François, que ça fait beaucoup de monde, mais c’est comme je te dis, la moitié de Paris y est passée ! Tu vas voir, avec ses saloperies de champissons, un de ces jours, les képis vont le mettre en cabane, ce républicain bâtard ! »
Sacré père TURBIZE ! Aucun risque ! Le républicain en question connaissait les champignons !…