Steles et plaques

Stèles et plaques de la Résistance à VICQ

Raymond BONNAL

Sur la route de Vicq à Ébreuil, au lieu-dit « Les Praviolles », se trouve une stèle en granit. Cette stèle est gravée et elle a remplacé une tombe qui était matérialisée par un entourage du type grille de cimetière et une plaque émaillée. Par ailleurs, sur le monument aux morts du cimetière de Mazan, est apposée une autre plaque.

À ma connaissance, aucun élément ne permet de dater exactement la mise en place de ces éléments du souvenir, même si un ordre chronologique peut être établi. Ces trois éléments funéraires manifestent un changement d’optique dans la perception des événements de juillet 1944 et tendent à une meilleure identification des maquisards concernés.

Stèle, route de Vicq à Ébreuil :

« Ici furent tués ». La stèle de Lalizolle est conçue de la même manière. Mais pour Vicq, il s’agit d’une stèle souvenir et non d’un monument identifiant un même lieu de mort pour les trois maquisards.
VER Christian fut tué dans le secteur « les Bérives - la Pierre Saint-Denis » non loin de la route de Vicq à Veauce et à proximité du ruisseau de la Bourse qui descend de Sussat.
LANGLOIS et ARNAUD tombèrent non loin de la stèle, l’un en contrebas de la route aux « Contamines », l’autre à l’opposé, aux « Praviolles ».
Les trois noms ont été réunis sur la même stèle, sans donner une valeur absolue au terme « ici ».

Selon des témoignages de gens de Vicq, Christian VER, surpris par un guetteur qui l’interpellait, se servit de son pistolet et entreprit une fuite éperdue à travers vignes et parcelles cultivées. L’Allemand riposta et VER finit par s’écrouler dans un champ de blé où il fut découvert le lendemain matin par des paysans. Selon l’ordre de la Kommandantur de Gannat, il fut enterré sur place et exhumé par la suite. La Mairie de Vicq fournit un cercueil et il fut rendu à sa famille résidant à Montluçon.

Le cas de MASSERET et ARNAUD.
L’un d’eux tenta de fuir vers les Margots. À peu de distance de la route il fut probablement blessé et ramené non loin des camions de la colonne allemande. Des personnes de Vicq m’ont indiqué qu’il fut achevé à coups de crosse de fusil. Une autre personne qui avait vu son corps passer sur une charrette, conserve un souvenir indélébile, « une boîte d’allumettes rougie par le sang avait éclaté dans la poche de sa chemise à l’endroit du coeur ». Donc il aurait été capturé et exécuté, une exécution sommaire. La stèle de la Bosse ne s’embarrasse pas de fioritures, « torturés et massacrés par les Allemands ».

Deux autres maquisards se mettent à courir en direction de la ferme des Carriaux. Les balles sifflent et s’écrasent sur les dépendances. L’un d’eux s’écroule. Il eut les jambes brisées selon un témoignage. Le deuxième réussit à gagner le ruisseau de la Veauce et les chiens perdirent sa trace car il avait eu soin de marcher dans l’eau. Dans la nuit il regagna le Châtelard, en passant par les Margots. Les corps des tués furent récupérés, tôt le lendemain, par des hommes armés qui les conduisirent au Châtelard.

La plaque émaillée des Praviolles :
Au pied d’un noyer où s’écroula le premier résistant, on matérialisa une tombe en l’entourant d’une grille récupérée à l’ancien cimetière, mais il ne s’agit pas d’une vraie tombe comme il est marqué sur certaines cartes. De plus, on plaça sur une croix en bois, la plaque émaillée présentée ci-contre. Tout de suite après les événements, la haine de l’occupant est forte et le terme « boche » traduit ce sentiment d’aversion. Ce libellé ne fut pas repris quand la stèle fut édifiée par la suite.



Plaque du monument aux morts :

Les concepteurs de cette plaque changent de vocabulaire.
« Ici » devient « sur le territoire de la commune de Vicq ».
« Tués » est remplacé par « tombés », terme officiel pour les valeureux soldats des deux guerres. En plus, un nom disparaît.
« René Jean ARNAUD » est remplacé par « LANGLOIS Albert ». Entre temps, les responsables du Souvenir français s’étaient aperçus d’une confusion. René Jean Arnaud étaient les prénoms du maquisard dont le nom de famille était LANGLOIS. Mais ici, une nouvelle erreur : on grave Albert comme prénom alors qu’une mention additive et rectificative du 2 avril 1950 va à l’encontre du jugement déclaratif du tribunal de Gannat en date du 31 juillet 1945. LANGLOIS ne portait pas le prénom de Albert mais ceux de René Jean Arnaud. Langlois retrouvera-t-il son identité et sur la stèle et sur le monument aux morts ? Il était né à Montluçon le 23 octobre 1925.

Erreurs, confusions, incertitudes ? De plus quand on compare la plaque de Vicq et celle de Lalizolle on retrouve le nom de MASSERET André tué le même jour en deux lieux différents. Il était né à Villefranche sur Allier le 11 juin 1924. Dans une autre parution, je soumettrai des éléments concernant le cas Masseret.

 Suite à ces réflexions, on se demande si les stèles et plaques du souvenir, ainsi que les cérémonies commémoratives correspondent à la réalité historique locale. Au-delà de l’anecdote, il faut peut-être se situer au niveau d’une réflexion plus générale sur le sens des événements et non sur leur matérialité immédiate.