Station de la Verrerie

La recherche préhistorique en Bourbonnais par Maurice PIBOULE

Est-il besoin de présenter Maurice Piboule ? Cet enseignant passionné de recherches en archéologie, correspondant pour l'ouest du département, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles dans ce domaine, a acquis une expérience remarquable et remarquée ! Il a fait avancer à grands pas l'inventaire des sites et apporté bien des idées nouvelles sur la préhistoire en Bourbonnais. Étayées par une solide expérience de terrain, ses études sur l'histoire des communes, la toponymie, l'eau, les traditions, sont autant de repères incontournables pour ceux qui veulent en savoir plus sur l'histoire de leur pays. C'est à lui que nous devons une étude de l'outillage préhistorique récolté en surface par Michel CAUSERET, l'un de nos adhérents, sur le territoire de « la Verrerie ». Il nous a semblé intéressant de faire précéder son analyse par quelques généralités sur les conditions de recherche en Bourbonnais, sur l'emplacement des sites et sur la vie des hommes du « néolithique ».

Les conditions de recherche dans notre région sont loin d'être favorables, et nous serons contraints de faire souvent état de sites de surface, en général détruits par les travaux agricoles, et où les industries en mélange ne permettent pas toujours des déductions indiscutables.
Ces sites nous donneront des outillages lithiques généralement bien conservés. Par contre, les matériaux osseux sont inexistants par suite de l'acidité des sols, tandis que les matériaux céramiques sont rares et, quand ils existent, indéterminables.
Ce sont donc uniquement des outillages de silex ou autres roches qui nous permettront de déterminer 1'âge des sites. Malgré ces conditions défavorables, nous avons pu établir une carte de répartition qui se révèle étonnamment riche, et qui montre que notre province a connu un peuplement continu aux différentes époques préhistoriques. L'étude des séries industrielles recueillies nous montre que la Préhistoire bourbonnaise se fond dans la Préhistoire générale et qu'elle ne présente aucun faciès original. On retrouve les mêmes grandes séquences chronologiques. Notre province a connu les différentes cultures qui se sont succédées sur le sol français. Aurait-il pu en être autrement, alors que le territoire bourbonnais est d'une superficie singulièrement restreinte, qu'il se situe au centre d'un pays dont les dimensions sont à l'échelle des cultures préhistoriques, et que, surtout, il est traversé par des voies de transit naturelles que les migrations humaines ou animales ont forcément utilisées ?

La recherche sur le terrain est à la base de notre travail. Le terrain, il faut l'étudier sur la carte, et le lire ... sur place. Il faut vérifier les sites, détecter les gisements géologiques de matières premières, parcourir la campagne, chercher des indices, éprouver des déceptions certes, mais aussi de grandes joies ... qui sont la récompense d'une recherche assidue.
Celle-ci nous a permis de découvrir, dans la partie montluçonnaise du Département de l'Allier, une centaine de stations dont certaines sont importantes. Nous n'avons, certes, rien négligé, lors de la prospection systématique de tout un territoire, sur lequel il reste pourtant encore beaucoup à découvrir ... De savants confrères préhistoriens reprocheront à un amateur un manque de belles stratigraphies, mais il n'est possible de travailler qu'avec ce que l'on peut trouver.

Emplacement des sites
Dans l'Est du bourbonnais, les grottes de Châtelperron(*) sont universellement connues. Dans l’Ouest, aucun habitat important en grotte ou abri sous roche n’a été jusqu'ici décelé. Les stations de surface, seuls sites qu'il nous a été donné de détecter, se présenteront sous la forme :
• d'ateliers de taille sur des gisements de matière première (meulières, chailles ... )
• de stations-ateliers où l'habitat se rencontre sur l'ensemble de l'atelier ou sur une partie. • d'habitats de plus ou moins longue durée d'occupation.
• de haltes ou d'habitats d'occupation très temporaire.
Enfin, des outils isolés sont rencontrés hors habitat.

Quelle sera l'implantation de ces sites ?
Nous pensons que leur choix est voulu, raisonné, et correspond à des impératifs précis. C'est d'ailleurs sur cette base que nous avons axé nos recherches.
a) Les conditions géologiques : l'Homme primitif avait besoin de roches siliceuses dures aptes à la fabrication de ses outillages et de ses armements. La recherche des sources de matière première est donc primordiale. Nous trouvons donc fréquemment installé sur les gisements géologiques même ou à proximité immédiate.
b) La recherche de la sécurité : à défaut de grottes, les tribus de chasseurs fréquentent les zones rocheuses, les hauteurs à vue dégagée, les éperons de confluence, les rebords de plateaux, tous les sites qui permettent de voir, de prévenir et de se défendre éventuellement.
c) La proximité de l'eau : sources, rivières, ruisseaux, bords de 1acs fossiles ...
d) La bonne exposition du terrain est à prendre en considération. Elle ne semble cependant pas une obligation, si l'on en juge sur la station de St-Bonnet- de-Four qui est exposée en plein nord. Ici, le choix du gisement géologique a guidé les Hommes, mais, -et nous entrons dans le domaine des suppositions- l'habitat correspond peut-être à une phase tempérée du Würm, avec un climat suffisamment chaud pour permettre l’installation dans des conditions que nous jugeons aujourd'hui défavorables. Peut- être aussi correspond-t-il à un habitat de bord de marécage ou de lac ?

Il apparaît donc que ces règles ne sont pas toujours absolument rigides pour la fixation du choix des emplacements. Et cela ne favorise pas, dans nos pays vallonnés et bocagers, leur recherche. Ceci explique peut-être pourquoi la région de Montluçon n'a fait, dans le passé, l'objet d'aucune découverte importante. Seuls manquaient peut-être les chercheurs. Il en serait de même pour la zone comprise entre Loire et Allier si, à la fin du siècle dernier, quelques érudits n'avaient consacré une grande part de leur activité archéologique à la Préhistoire

Aspects de la vie des Néolithiques
Nous ne pouvons, avec les documents dont nous disposons, qu'évoquer la vie de l'Homme Néolithique. Nous avons vu qu'en Bourbonnais, nous différencions mal les cultures d'un Épipaléolithique finissant avec celles d'un Néolithique en extension. Ces cultures ont dû se côtoyer, se compléter et interférer pendant un laps de temps très long.
La néolithisation avançait à pas comptés, et sur de nombreuses générations. Si elle paraît avoir été plus complète sur les terres du Nord du Bourbonnais plus aptes à l'agriculture, par contre sur les plateaux et dans les zones montagneuses, les populations se sont orientées vers les activités pastorales et ont conservé plus longtemps les vieilles traditions épipaléolithiques. Le climat plus doux du post-Würm a favorisé l'extension des forêts. C'est d’elles et de leur peuplement, ainsi que des cours d'eau, que les nomades tardenoisiens tiraient leur subsistance.
L'arrivée des groupes néolithiques va rompre un équilibre millénaire. Leur apport civilisateur et les influences qu'ils exerceront sur les tribus autochtones qu'ils refouleront vers les terres médiocres ou qu'ils convertiront aux nouveaux modes de vie, contribueront à une néolithisation de plus en plus profonde du substrat local.

Ce que Nougier appelle la « Révolution Néolithique », le passage du stade prédateur au stade producteur, est plutôt une « évolution », conséquence des contacts humains et commerciaux, peut-être, aussi, de rapports plus brutaux. La chasse et la pêche deviennent des activités accessoires, tandis que l'élevage se développe, apportant aux Hommes une subsistance plus assurée, ainsi qu'un essor démographique jusqu'alors jamais égalé.
C'est de cette époque que datent les premiers défrichements de la forêt primitive ou de la lande. L'élargissement des clairières ouvre de nouvelles terres aux cultures céréalières et conduit à la libération de vastes territoires de l'emprise forestière. Certains s'étonnent qu'avec les instruments primitifs dont il disposait, le Néolithique ait pu assurer le défrichement. Des expériences ont pourtant prouvé leur efficacité.

Mais il est probable que, souvent, le paysan a utilisé des méthodes beaucoup plus radicales, comme celle du brûlis. C'est une méthode beaucoup plus rentable pour la culture. Sur le sol acide non brûlé, la récolte reste médiocre, sur un sol brûlé, elle est bien meilleure grâce à l'abaissement de l'acidité du sol par les cendres, et à l'absence de compétition des céréales avec les autres plantes naturelles. Mais au bout de quelques années, le rendement baisse ; la végétation naturelle se réinstalle et oblige à la recherche d'un nouveau terrain.

Il est possible que les premiers Néolithiques aient pratiqué la rotation des espaces cultivés et aient conservé une forme d’exploitation semi-nomadique du sol. Le développement des méthodes et l'implantation sur les terres riches, ont certainement permis la fixation des agriculteurs.
C'est au Néolithique que se met en place le paysage traditionnel. Cette œuvre de domestication de la nature sera continuée par les Hommes de la Protohistoire puis par ceux des civilisations historiques. Mais il nous faut rechercher les prémices de notre civilisation, chez ces peuples néolithiques qui ont posé les fondements de nos sociétés modernes.

Les premiers villages se construiront au centre des clairières ou sur des emplacements privilégiés tenant compte de facteurs essentiels : sûreté de défense, proximité de l'eau, ensoleillement, perméabilité du sol ... Beaucoup de ces villages seront à l'origine de nos agglomérations modernes. Les maisons seront construites en matériaux légers qui n'ont laissé aucune trace, et, seules, les industries au sol peuvent nous indiquer leur emplacement.
Parfois, la couleur plus foncée du terrain signale une longue occupation humaine et animale. C'est également au Néolithique que se tracent les premiers chemins, continuateurs des pistes néolithiques, animales ou humaines. Ils suivront souvent la voie d'eau qui reste essentielle pour les communications et les besoins vitaux. Ces voies de communication indispensables aux relations entre les groupes humains utiliseront les itinéraires les plus rationnels. Il est vraisemblable que bien des voies gallo-romaines, bien des chemins encore actuellement utilisés, ont succédé à de vieilles voies néolithiques. Nous n'en voudrions pour preuve que 1’abondance des habitats néolithiques le long d’une vieille voie romaine de Combrailles, près de Durdat-Larequille, encore utilisée de nos jours comme chemin de terre.

Les outillages préhistoriques eux-mêmes nous apportent beaucoup d'éléments sur la vie des tribus de cette époque, mais nous ne saurions répondre à toutes les questions qui se posent à leur sujet. A quoi servaient les belles haches polies en silex ? Étaient- elles des outils ? des armes ? des insignes de chef ? ou des objets votifs ?
La présence fréquente d'armatures de flèches indique bien que les relations de tribus à tribus étaient parfois tendues. Il devait y avoir bien sûr, des contestations sur les limites de territoires ... et la guerre n'était pas exclue des relations entre ces peuples agricoles. Nous avons trouvé, sur un site d'Arpheui11es-St-Priest, une superbe lame grattoir qui présente sur l'un des bords une trace brillante.

C'est un lustré produit par la coupe des tiges de céréales sauvages ou cultivées. Cet indicateur d'une activité agricole, dénommé le « lustré des céréales », se retrouve également sur un certain nombre de lames de la station de Louroux-Bourbonnais. Il est fréquent aussi de rencontrer sur certains sites des broyeurs ; ils y sont parfois abondants. Ce sont des galets de granite, de micaschiste, de basalte … qui ont servi à écraser des graines ou d'autres substances, sur une meule, dite dormante. Ils sont reconnaissables à une face polie et lissée par un long usage.
Quant à la meule, elle est souvent très fruste, une simple pierre plate choisie dans le lit d’un ruisseau. L'usure de la pierre lui a parfois donné une concavité en son milieu. L'usage de ces meules se continuera longtemps encore jusqu'à la période gauloise.
Le rabot est un gros instrument de déforestage, en silex ou en quartz, que nous rencontrons d'ailleurs rarement en Bourbonnais. Il permet d'écorcer les pieux, d'équarrir et de travailler le bois. Sa fonction est la même que celle du rabot de nos grands-pères, et le geste d'utilisation est le même également.

L'efficacité de l'instrument préhistorique rejoint toutes proportions gardées, celle de l'instrument moderne. Sur les sites de Combraille, nous avons retrouvé de nombreux témoignages d'un meulage rudimentaire, sous la forme de meules dormantes et de broyeurs, pilons ou concasseurs, destinés à écraser les grains de la cueillette ou de la récolte, éventuellement des racines, mais pouvant avoir servi aussi à des usages industriels ...
Les meules se présentent sous l'aspect de galets dont une face a été aplanie par bouchardage, puis lissée. Souvent même, la surface est légèrement concave, et présente des traces de broyage encore visibles. Les dimensions de ces objets varient de 10 à 50 cm de long, sur une largeur de 10 à 30 cm. Ils sont généralement en roche dure, (granite de différentes variétés, parfois en grés). Les broyeurs sont parfois des galets de quartz, de forme arrondie, pouvant tenir en main, ou des blocs allongés, souvent aménagés, et présentant des traces d'utilisation.
L'examen des outillages permettrait de tirer bien d'autres aspects de la vie matérielle des Hommes du Néolithique. Il est probable que leur mode de vie n'était guère différent de celui du paysan gaulois ou du haut Moyen-Age ... ou même du paysan de certaines régions de France naguère … Mais si ces indices nous permettent d'imaginer et de comprendre dans une certaine mesure la vie matérielle de ces peuples, il est bien d'autres aspects que nous ne pourrons entrevoir : l'organisation familiale ou tribale, les rapports sociaux, les relations inter- groupes, les croyances, la spiritualité ... tout ce qui a trait à la vie affective. Nous n’en avons que trop peu d'éléments, et peu sûrs, pour évoquer ces grands problèmes. Cependant certains aspects relatifs à la mort sont mieux connus grâce à la présence d'un certain nombre de sépultures.

(*) CHATELPERRON : un site néandertalien remarquable et de réputation mondiale, à visiter. « Le Préhistorama » ouvert d’octobre à mi-avril. Renseignements au 04 70 34 34 51

En pays de LISOLLE : une station d’aspect néolithique à la Verrerie Un matériel d'époque néolithique a été collecté aux alentours de la Verrerie, commune de Lalizolle. Il se compose de haches polies brisées, d'armatures de flèche, de quelques grattoirs et racloirs, encoches, percuteurs et nucleus et de nombreux éclats souvent réutilisés en racloirs.
Cette industrie, assez fruste, se rapporte à un néolithique banal sans datation certaine. On remarque beaucoup de réutilisation de pièces, ce qui souligne une pénurie de matière première. La hache polie, la plus volumineuse, en chaille claire est, par exemple, retaillée en gouge à écorcer. Des fragments de hache sont réutilisés pour servir de racloir.
Outre cette hache en chaille en provenance du Bassin Parisien, on dénombre 4 haches en fibrolite, matériau d'origine auvergnate, pouvant provenir, soit de la vallée de la Sioule, soit du Haut Allier.
Deux armatures de flèche en silex transparent sont de type foliacé, à retouches bifaciales, dont une à base demi-circulaire. Haches et armatures datent la station de l'époque néolithique. Les autres objets sont peu typés.

Les silex proviennent du Bassin Parisien (détermination visuelle). Ils sont de couleur blonde, grise, parfois jaune orangé. On remarque quelques silex marron en provenance de l'Hettangien de la région de La Châtre- Châteaumeillant.
Peu de lames d'ailleurs fragmentées, un beau grattoir subcirculaire et de nombreux grattoirs atypiques, souvent sur éclats, sont à noter. Les éclats sont nombreux et souvent mal venus.
Quelques nucléus et des percuteurs parfois passés au feu complètent un matériel dans l'ensemble peu typé. Ces percuteurs montrent que l'on a travaillé ou retouché des objets sur place.
Pas de céramique, habituelle sur une station néolithique. Peut-être n'a-t-elle pas attiré l'attention du collecteur, à moins qu'elle n'ait disparu..
A remarquer deux objets de forme trapézoïdale qui sont, apparemment, des pierres à fusil. Il est en effet fréquent que les hommes d'époque historique soient venus se ravitailler sur des stations préhistoriques en silex pour remplacer les pierres à feu de leurs armes, abandonnant les silex usagés. Cette station montre une présence sur ce haut massif à l'époque néolithique.
On n'a en effet que peu de renseignements sur l'occupation préhistorique du massif des Colettes. Quelques objets et un fragment de lame du Pressigny avaient été signalés au point culminant du massif et une hache en serpentine a été signalée à Chalouze. Il faut attendre les périodes protohistoriques pour noter les recherches de minerai d'étain, nombreuses dans certains cantons du massif. On ne peut affirmer que la station soit en rapport avec ces recherches d'époque protohistorique, mais ce n'est pas impossible. Maurice PIBOULE