Dechristianisation

Révolution et déchristianisation à NADES

Gérard RENOUX

Le vieux registre des délibérations municipales archivé à la Mairie de NADES et qui couvre la période 1790-1829, présente des lacunes importantes à certaines périodes.
Pour celle qui nous concerne, il semble que le maire, Antoine DELARÜE, l’ait tenu d’une manière assez rigoureuse.
Des différents extraits que nous publions, nous pouvons constater que certains élus municipaux sont devenus « plus royalistes que le roi ». Non ! Pardon ! … Plus révolutionnaires que ROBESPIERRE !

1er pluviôse an 2 (20 janvier 1794)
Une loi de la Convention demande de nommer un agent national au lieu du procureur de la commune. Jean VALLETON (propriétaire à Combémorel) qui exerce la fonction précédente est nommé agent national à l’unanimité des 42 présents.

20 pluviôse an 2 (8 février 1794)
Le citoyen Valleton expose que le jour de repos, plusieurs cytoyens de la commune travailloient, malgré les remontrances de la municipalité, ce qui étoit contraire au bon ordre, qu’il seroit à propos de nommer deux surveillants qui parcourroient la commune les jours de décadi, afin d’empêcher les cytoyens de travailler.

Après délibération, on nomme deux surveillants, Antoine FRÉTIER et Jacques COMBÉMOREL, qui exerceront leur activité les jours de repos (des autres …) et feront leur rapport à la municipalité. Lors de la même séance, il est observé que, malgré l’interdiction, certains ouvrent les haies qui closent prés et terres. On nomme donc quatre « gardes messiers » (1) : Jean TINARDON de Lachamp, François CHAMPOMIER le jeune de Combémorel, Joseph JAME du Chamberon fils de Gilbert et Gilbert GUIOT fils de Jean du Bourg. Ils seront rémunérés par les amendes qu’ils infligeront aux « délinquants » !!!

30 pluviôse an 2 (18 février 1794)
Joseph Anne d’ALEXANDRE, cy devant curé de Nades, ayant quitté la commune, le presbytère est donc libre. Après avoir ouï et consulté l’agent municipal, on décide de l’affermer pour un an — sauf la chambre qui sert de maison commune et dans laquelle on se trouve— .

L’adjudication est faite à François FRÉTIER le jeune pour 82 livres payables en 2 termes à Noël et à Pâques (2). Son frère aîné François se porte caution. De la même façon, on afferme l’« Ouche Carrée » à Jean GUIOT pour 72 livres. On termine l’assemblée en décidant d’infliger une amende de 50 livres aux cabaretiers qui vendront le vin « au- dessus de la taxe », ce que semble pratiquer un des débitants de la commune.

20 thermidor an 2 (7 août 1794)
L’aiguille du clocher n’a pas été abattue comme la loi l’exige. Il est décidé d’y procéder sur le champ. A la suite d’une adjudication à la baisse, le moins-disant est un groupe constitué de François FRÉTIER l’aîné, Pierre BARREL, Simon SUCHET, Bonnet MERCIER, Jean VALLETON et Jean DESCHÂTRE, cytoyens de Nades, moyennant 150 livres pour abattre l’aiguille et recouvrir le clocher en « pavillon » du même « albardaux » que celui qui le recouvre. Le chantier doit débuter cette décade pour être achevé la suivante.(3)

1er germinal an 3 (21 mars 1795)
Aujourd’huy premier jour de germinal l’an trois de la république française une, indivisible et démocratique, nous maire et officiers municipaux réunis à l’exception de Barthélémy Janton lequel s’est trouvé absent. Le cytoyen Fanget commissaire nommé par le directoire du district de Gannat à l’effet de procéder à l’estimation de la terre de Nades apartenant aux héritiers du cydevant abbé Lenoir et aux lots à faire pour parvenir plus facilement et plus utilement à la vente, nous auroit demandé notre aide relativement à la loy du 3 juin 1793. et 13 septembre de la même année à Paris. En conséquence, il a été arrêté que le domaine formerait un lot et seroit estimé par le dit cytoyen Fanget, qu’il seroit xxx à la terre des moulins étangs et pris jusqu’au passage et visite de l’ingénieur relativement aux mêmes loys. Que relativement à un canton de terre appelé les Coules, il en seroit fait vingt lots depuis deux jusqu’à cinq septerées. Que les cantons appelés les Souches, les Creux, Bois Martel et autres y joignant seroient divisés en autres vingt portions de deux, trois, quatre et six septerées, et que bornes seront plantées.

En conséquence, jour a été capté au huit du présent mois de germinal heure de huit du matin à la- quelle terre les membres cy dessus dénommés ont promis de se rendre. Que le château sera divisé en deux lots, savoir, la maison neuve, la grange et la moitié de la terre à partir de l’encognion de la grange du côté d’en haut jusqu’à l’étang, le surplus formera le second lot. Fait et arrêté les dit jour et an que dessus.

20 germinal an 3 (9 avril 1795)
Bail de ferme du presbytère et des deux jardins qui en dé- pendent à François FRÉTIER le jeune pour 82 livres payables à Noël. « Dans le cas où il viendroit un curé, il devroit prendre des arrangements avec lui pour le loger ».

11 messidor an 3 (29 juin 1795)
Ce jour serait un dimanche si on avait conservé l’ancien calendrier. Ce jour-là, Joseph Anne d’ALEXANDRE, curé, de retour dans la commune, et qui dort depuis quelque temps au village de Combémorel, s’apprête à célébrer la messe comme il l’a fait les 3, 6 et 10 de ce mois. Il a fait sonner la cloche pour rassembler les citoyens, mais il n’a pas satisfait à l’article 2 de la loy du 11 prairial dernier qui veut que « nul ne puisse remplir le ministère d’aucun culte dans les édifices à moins qu’il ne se soit fait donner acte devant la municipalité du lieu où il voudra exercer son ministère ». Jean VALLETON s’y étant opposé, le curé s’est soumis et retiré. La messe ne sera pas célébrée.

14 messidor an 3 (2 juillet 1795)
Trois jours plus tard, Joseph Anne d’ALEXANDRE se présente devant Antoine Delarüe maire, Jean Valleton procureur de la commune, Jacques Barrel officier municipal, Barthélémy Janton officier municipal et Jean de Combémorel membre du conseil.

Il promet de se soumettre aux lois de la République.
« A quoy le dit Delarüe maire luy a répondu que sa soumission et sa déclaration étoient tardives puisqu’il avoit déjà exercé son ministère dans l’ancienne église de cette commune et de la même manière qu’il l’avoit fait dans les tems où il étoit curé, et suivant les anciens usages que ce seroit en faire renaître, que d’xxx ainsy qu’il luy declaroit que procès verbal avoit été dressé contre luy le onze du présent mois dont je luy ay fait lecture.
Lecture faitte de ce procès verbal au dit Dalexandre … a répondu qu’il ignoroit la loy du 11 preyriale, qu’il est vray qu’il a célébré la messe les jours indiqués par iceluy, mais que ce n’est pas luy qui a fait sonner la cloche.
Et le dit Delarüe luy a répliqué qu’il pourroit se faire qu’il méconnût la loye du 11 preyriale, quoyque l’insertion au bulletin luy a servi de publication et que depuis sa datte, il s’est écoulé un mois mais qu’il ne pouvoit méconnaître celle du trois ventose qui prescrit art. sept qu’aucun signe particulier à un culte ne puisse être placé dans un lieu public ny extérieurement de quelque manière que ce soit, aucune inscription ne peut désigner le lieu qui luy est affecté, aucune proclamation, ny convocation publique ne peut être faitte pour y inviter les cytoyens, que cependant xxx ce qui a été pratiqué les jours indiqués au procès verbal, soit par ordre du ministre, soit par quelqu’un des admettants ou assistants. Que nous maire pour remplir le vœu des concytoyens qui se sont rendus aux sollicitations du dit Dalexandre, de crainte de n’avoir point d’autre ministre, moy Delarüe en ma qualité de maire, après avoir ouï, consulté et entendu le procureur de la commune, assisté de mes collègues cy devant dénommés, de Jean Guiot, Jean Dubot et François Lauvergne, cytoyens de cette même commune, avons reçu la déclaration du dit Dalexandre qu’il se soumet aux loix de la république tant dans l’exercice et sa fonction de culte qu’autre »
6 frimaire an 4 (27 novembre 1795) « est comparu Joseph Dalexandre habitant en cette même commune et cy devant en celle de Randan, lequel a fait la déclaration dont la teneur suit.   "Je reconnois que l’universalité des cytoyens français est le souverain et je promes soumission et obéïssance aux loix de la république. »

Suit une période de flottement au cours de l’an 5 : pour constituer la municipalité du canton d’Esbreuille, on élit Antoine DELARÜE agent municipal et Jean VALLETON (4) comme adjoint, mais celui-ci démissionne peu après. L’élection de son remplaçant prévue le 10 germinal an 5 (30 mars 1797) ne réunit que 4 personnes et doit être re- poussée. Enfin arrive la journée du : 8 messidor an 5 (26 juin 1797) Rétractation de Joseph Anne Dalexandre curé de cette commune de Nades faitte publiquement le huit messidor an cinq de la république française. « Je rétracte le serment que j’ay prêté à la fin d’xxxxx 1792, de maintenir la constitution civile du clergé, comme hérétique et schismatique. Je déclare qu’en prêtant le serment d’égalité et de liberté, mon intention n’a pas été d’y comprendre tout ce qu’il peut rexxx de contraire à la hiérarchie éclésiastique et à la doctrine de la foy catholique. J’abdique l’adhésion que j’ay donnée au schisme et recon- naissance de l’évêque constitutionel au mépris de la fidéli- té que je devois à François Bonnal, mon seul et légitime évêque. Je promes soumission et obéïssance au souverain pontife que je reconnois comme le chef xxxx de l’église. Je déclare que pendant que j’ay fait les fonctions de prêtre constitutionnel dans cette paroisse, les actes sont nuls et invalides. J’ay été aussy assez malheureux pour remettre mes lettres de pretxxx. Je confesse que la terreur m’a arraché cet acte d’apostasie que je rétracte. Enfin je rétracte de coxxxx et d’affection tout ce que j’ay fait de contraire à la relligion catholique. Je suis disposé à faire toutes les pénitances qui me seront imposées. »

 

  1. (1) Gardes champêtres
    (2) On remarquera que nos révolutionnaires utilisent encore les fêtes chrétiennes comme repères.
    (3) Il semble que cette entreprise n’ait pas été menée à son terme. A noter qu’à la date de la décision, Robespierre est déjà tombé depuis 11 jours.
    (4) Jean VALLETON aura beaucoup à se faire pardonner. Il s’y emploiera, mais récoltera beaucoup de désagréments.

 Le calendrier révolutionnaire

Ce calendrier qu’on a aussi appelé « calendrier républicain » a été un immense chantier auquel ont participé des hommes comme MONGE, CHÉNIER ou FABRE d’ÉGLANTINE.

Il est adopté le 24 septembre 1793 avec effet immédiat (son début est fixé au 22 septembre 1792 = 1er vendémiaire an 1, date du début de la République) pour rompre avec l’ancienne ère et contribuer à la déchristianisation. Il sera abandonné seulement sous l’Empire, le 11 nivôse an 14 = 1er janvier 1806.

L’année est partagée en dix mois de trente jours et débute à l’équinoxe d’automne. L’automne est formé de vendémiaire (sept./oct), brumaire oct./nov.) et frimaire (nov./déc.), l’hiver de nivôse (déc./janv.), pluviôse (janv./fév.) et ventôse (fév./mars), le printemps de germinal (mars/av.), floréal (av./mai) et prairial (mai/juin), l’été de messidor (juin/ juil.), thermidor (juil./août) et fructidor (août/sept.).

Pour arriver aux 365 jours, 5 jours supplémentaires sont rajoutés en fin d’année, ce sont les sans-culottides. Les années bissextiles ont en plus le jour de la Révolution.

Les semaines sont remplacées par les décades qui sont les périodes de 10 jours nommés primedi (1, 11 et 21), duodi (2, 12 et 22), tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi. Ce dernier jour, avec les jours supplémentaires, devient jour de repos à la place du dimanche, ce qui en fait beaucoup moins dans une année.

Enfin, chaque jour, reçoit, à la place des noms de saints, un nom tiré de la faune, de la flore, des instruments aratoires, etc. Les auteurs, de plus avaient envisagé de partager le jour (de minuit à minuit) en 10 heures de 100 minutes et chaque minute en 100 secondes. Heureusement cela ne fut pas appliqué.