Pratique de la religion


Pratique de la religion à Nades, suite du feuilleton

Gérard RENOUX

 La Révolution passée, l’Empire apporta son lot de misères aux populations de nos campagnes. La Restauration apportera-t-elle un peu de stabilité ?
Pour les habitants de NADES, le retour aux pratiques ancestrales du culte catholique ne se fera pas sans difficultés. 

Depuis l’an 2 (fin 1793) le « cy-devant curé de Nades » a quitté la commune et libéré le presbytère, ainsi que les élus municipaux l’ont noté dans le cahier des délibérations. Réfugié dans sa famille vers Randan- Effiat (Puy de Dôme), il revient de temps à autre, loge chez des habitants du village de Combémorel et tente de célébrer la messe les dimanches de l’ancien calendrier grégorien. Or c’est interdit par la loi et les élus municipaux le lui remontrent vertement. 

Le presbytère vendu avec les biens nationaux.

Le presbytère étant libre, la municipalité en a profité pour le louer, à l’exception d’une pièce qui sert de maison commune et accueille les séances de conseil municipal. Deux ans plus tard, la cure de Nades est supprimée et les biens qui en dépendent deviennent des Biens Nationaux Biens Nationaux Biens Nationaux Biens Nationaux . A ce titre, ils vont être vendus aux enchères. Les citoyens Antoine FANGET, géomètre à Ébreuil et Jean-Jacques BOIROT de Veauce, nommé pour l’occasion expert expert expert expert , sont chargés d’en effectuer l'estimation.

Le procès-verbal est remis le 28 messidor an 4 et la vente effectuée le 4 thermidor suivant. Entre temps, les propositions d’achat ont été déposées et un seul enchérisseur, semble-t-il, s’est manifesté : Antoine DELARÜE, notaire à Nades et maire de la commune. Les biens lui sont attribués ainsi : les bâtiments (*) pour la somme de 360 francs, un jardin attenant jardin attenant pour 66 F, un autre jardin autre jardin pour 44 F et un pâturail dans le bourg pour 220 F, soit un total de 690 F. Cependant, on effectue une rectification sur les jardins dont la valeur a été obtenue en multipliant leur valeur locative par 22 au lieu de 18 comme le prévoit la loi. Le montant global est donc ramené à 670 francs . Or, les bâtiments avaient été loués 82 livres un an auparavant à François FRETIER le jeune. Comme le franc (**) est la nouvelle dénomination de la livre depuis le décret du 18 germinal an 3 (07/04/1795), l’opération semble une bonne affaire pour Antoine DELARÜE qui possède la belle maison située juste au-dessus.

Tentative de construction d’un nouveau

Après la vente du presbytère, l’ancien curé Joseph Anne d’Alexandre, sans doute dégoûté par l’attitude de ses concitoyens, ne reviendra pas. En 1808, le desservant est un nommé MICHELON. Sans doute dans le but de se fixer, avec l’aide de Jean VALLETON conseiller municipal qui avait beaucoup à se faire pardonner et de l’adjoint Jacques BARREL, il lance l’idée de construire un nouveau presbytère. L’accueil du projet par l’assemblée communale, présidée encore par Antoine DELARÜE, et par la population, est enthousiaste. Des quêtes sont faites qui apportent quelques fonds. (*) Les bâtiments comprennent : Une cuisine avec grenier au-dessus , une chambre haute au-dessus, une écurie à cheval couverte à tui les. Une grange dans laquelle il y a une étable à vaches séparée par des planches, couverte à paille. Une petite basse-cour.

Les travaux démarrent et, menés bon train, érigent les murs et la « grosse charpente » . Mais, arrivé à ce stade, … « les fonds vin– vin– vinrent à manquer. Ohé ! Ohé ! » Et la construction fut stoppée. Pour payer les maçons, le charpentier et le fournisseur des bois, un nommé BRUN dit MELOUX de La Peyrouse, le produit des collectes et la revente des dits bois fit l’affaire. Dans une délibération du conseil municipal du 12 mai 1814, on apprend que les maçons ont perçu 100 francs, le charpentier PARROT 25 francs et BRUN 120 francs. Ce dernier en aurait donné quittance à Antoine DELARÜE. Cependant, neuf années plus tard, BRUN demande à être payé et assigne Jean VALLETON et la veuve BARREL au tribunal de GANNAT qui lui donne raison raison. VALLETON et les héritiers BARREL se retournent vers le conseil municipal pour lui demander son aide, car, disent-ils, c’est pour la commune qu’ils ont pris la tête de l’entreprise. Dans une délibération du 12 septembre 1821, le conseil, dirigé par Antoine EMELIN, soutient ses concitoyens contre BRUN qui a été payé , mais il ne s’engage pas à les soutenir financièrement. Enfin, une ultime délibération du 21 juillet 1822 déclare que tous les créanciers ont été réglés et refuse d’engager la commune dans cette affaire qui ne la concerne pas.

Alors des questions se posent :
   BRUN a-t-il été payé ? Si oui, par qui ? Malgré nos recherches, nous n’avons pas la réponse.
   Comment trouver un desservant ?


Le temps passant, les acteurs passent et trépassent, ce qui apporte un renouvellement à la distribution des rôles de la tragi-comédie.
Après la Révolution, Antoine DELARÜE, « jouera » encore quelques années puisqu’il décédera le 9 octobre 1814 à 5 heures du soir. Joseph Anne d’ALEXANDRE, lui, décédera à l’âge de 68 ans, le 27 décembre 1803.

Mais pour les habitants, l’urgence est d’obtenir un curé à NADES alors qu’on n’a pas de logement à lui proposer. L’évêque de CLERMONT contacté (c’est de lui que dépend NADES), répond qu’il n’a pas de curé à affecter à la paroisse. Peut-être la situation et le comportement antérieur des élus ne l’incitent-t-ils pas à faire d’effort. Il leur conseille de contacter André SUCQUET, curé de CHOUVIGNY et habitant du village des Guillins, qui pourrait leur « donner les secours spirituels » , ce qu’ils font aussitôt.

Le 7 mars 1813, 107 habitants de la commune, cités avec leurs noms, prénoms et surnoms, accompagnés de quelques autres nommés « frères, sœurs ou enfants de untel » et André SUCQUET comparaissent devant le notaire DELARÜE pour établir un traité. Peut-être pour faire monter les enchères, le curé SUCQUET met en avant sa faible santé pour ne pas assurer les ministères de CHOUVIGNY et de NADES.

L’acte établi par Maître DELARÜE donne sa proposition : « … il offroit de venir de quinzaine en quinzaine donner la messe et vêpres, de manière qu’il la diroit le premier dimanche à Chouvigny, le suivant à Nades et continueroit ainsy, à moins qu’il n’eût des indispositions ou maladies qui l’empêchassent de venir, à quoy les habitants de Nades ont adhéré et il a été arrêté et convenu que pour dédommager le dit M. Sucquet des peynes et services qu’il rendra à la commune de Nades, il luy sera payé en forme d’offrande et individuellement, une somme de cent cinquante neuf francs … » 

(*) Les bâtiments comprennent :
Une cuisine avec grenier au-dessus,
une chambre haute au-dessus,
une écurie à cheval couverte à tuiles.
Une grange dans laquelle il y a une étable à vaches séparée par des planches, couverte à paille.
Une petite basse-cour.

 (**) Par décret du 17 floréal an 7, une livre vaut un franc, mais en réalité, un franc = 1 livre 3 denier s soit 1 livre = 0,987 franc. Par ailleurs, notre ami Michel ROUMY qui n’a pas son pareil pour dénicher des petits bijoux anciens, a trouvé le carnet qu’un expert géomètre d’Aigueperse s’était fabriqué pour convertir les unités ancienne s en nouvelles et réciproquement, en 1839.

Chacun pourra le consulter dans la brochure publiée par BRAYAUDS ET COMBRAILLE BRAYAUDS ET COMBRAILLE BRAYAUDS ET COMBRAILLE BRAYAUDS ET COMBRAILLE. On y apprendra qu’une livre vaut 0,99 franc.

On retrouve la liste (***) , complétée de quelques noms et amputée de quelques autres (peut-être trop pauvres) et la somme que chacun donnera annuellement. L’acte est rédigé en présence de Blaise SOULHIAT, maire de CHOUVIGNY et de Simon EMELIN, maire de LALIZOLLE, soussignés.