Potagers

Potagers de Boënat, de Vicq et d’ailleurs

Janine BOUCHERET — Élisabeth CONTREPOIS

Un potager, c’est bien sûr un jardin potager où l’on cultive des légumes pour faire, entre autres, des potages. Mais c’était aussi l’ancêtre du fourneau utilisé jusqu’au 19e siècle et même au début du 20e.

« Le Dictionnaire du monde rural, les mots du passé » le définit ainsi :
Table de maçonnerie à hauteur d’appui qui contient plusieurs arcades avec réchauds où on peut mettre de la braise ou du charbon de bois qui ne fume pas, pour cuire les aliments à petit feu et les maintenir au chaud. Le potager qui a joui d’une grande faveur jusqu’au XIXe siècle, peut être considéré comme l’ancêtre du fourneau de fonte de fer. Il permettait de faire la cuisine à la casserole ; il pouvait être aménagé sous le manteau de la cheminée, ce qui favorisait la ventilation."
Marcel Lachiver : Dictionnaire du monde rural ; les mots du passé (Edit.Fayard)

Le potager, construction maçonnée en pierre mais le plus souvent en briques, faisait généralement corps avec la maison. C’était une sorte de plan de travail avec deux ou trois cavités munies d’une grille amovible —souvent fabriquée par le forgeron du village— où l’on déposait de la braise prise dans l’âtre ou du charbon de bois. Ces réceptacles communiquaient avec une ouverture en bas qui favorisait le tirage et permettait la récupération des cendres. Le dessus était généralement recouvert de carreaux de faïence, très souvent bleus et blancs.

 

Cette installation n’étant pas munie d’un conduit de fumée, elle était placée soit sous le manteau de la cheminée, soit devant une fenêtre pour l’évacuation des fumées. Il existait d’ailleurs un charbon de bois « spécial potager », moins fumigène peut-être.
Nombre de ces potagers, endommagés, encombrants et peu à peu remplacés par les fourneaux, ont été détruits ; il en reste peu dans nos villages. Grâce aux documents conservés à la mairie et aux Archives Départementales de l’Allier, nous savons qu’il en existait un dans deux des écoles de Lalizolle et Boënat. Deux aménagements tardifs qui prouvent l’utilisation du potager jusqu’au début du 20e siècle.

Le potager de l'école de filles de Lalizolle.

En 1881 la population de Lalizolle compte 957 habitants, un nombre croissant d’élèves à scolariser – près de 200 enfants - et la loi impose la création d’écoles de filles. Ainsi, en 1881, le conseil municipal décide-t-il la construction d’une Ecole de Filles ; la facture du Sieur Chartier, Entrepreneur à Lalizolle, mentionne les fournitures suivantes :
Pierres de taille :
- Taille unie de la Bosse au mètre cube
- Marches pour les portes d’entrée : 55,60 fr
- Marches de la cave : 50 fr
- Pierre d’évier : 14 fr
Un potager : 30 fr 

Ce potager était-il construit entièrement en pierre de La Bosse ? On ne le saura jamais ; en 1936, une cinquantaine d’années plus tard - une existence bien brève pour un bâtiment -, on décida de démolir cette école pour la remplacer par un bel ensemble scolaire, de style Art Déco, l’actuelle école de Lalizolle.

Le potager de l'école de Boënat.

En 1882, les écoles de Lalizolle ne peuvent toujours pas accueillir tous les enfants scolarisables de la commune en particulier ceux de Böenat et des hameaux éloignés. Alors, à la veille des lois Jules Ferry rendant l’enseignement obligatoire pour tous les enfants, la municipalité achète à Boënat, pour y installer « une école de hameau », le principal bâtiment d’habitation de « La Ferme du Grand Domaine de Boinat » appartenant autrefois au Duc de Morny

Il faut « approprier » le bâtiment, c'est-à-dire le rendre propre à son usage.
D’après les plans de Paillet, architecte à Ebreuil, les modifications sont réalisées par le Sieur Antoine Sinturel, de Coutansouze qui a remporté l’adjudication.


Au rez-de-chaussée, la grande cuisine, la chambre, le couloir et « l’évier » (la souillarde) sont transformés en une vaste salle de classe et une pièce nommée « dépôt » est occupée par un vestiaire. Au premier étage, où il existe 5 chambres, on aménage un logement pour l’instituteur : 4 pièces, 1 couloir et 1 petite cuisine de 2,05 x 4,05 = 8,30 m²


La petite cuisine est bien équipée ! Il est d’ailleurs surprenant qu’on ait prévu deux appareils pour cuisiner ; en effet on y construit et installe :
1 cheminée en pierre de Gannat : 45 fr.
1 fourneau : 100 fr.
1 potager : 36 fr.


Ce potager était une construction maçonnée, en briques, avec 2 trous, 2 « fourneaux ». Il n’était installé ni sous la cheminée, ni devant la fenêtre comme c’était l’usage pour évacuer les fumées qui se dégageaient tout de même des braises, mais dans un angle de la pièce et tout était bien noir dans ce coin … on évitait de s’y frotter !
Jusqu’à quelle date a-t-il été utilisé ?
Devenu inutilisable - les briques se désagrégeaient - encombrant et peu esthétique malgré les quelques restes des traditionnels carreaux bleus et blancs, il a été démoli peu après la seconde guerre mondiale.On peut remarquer que la construction du potager s’élevait à 36 francs alors que fourniture et installation du fourneau (100 fr.) étaient trois fois plus coûteuses.

Potager de Vicq 

I) Monsieur Aimé PERONNET, à Vicq, se souvient du potager de la maison familiale au lieu-dit LAVALLIN ; sa grand-mère le faisait fonctionner au charbon de bois mais il ne l’a jamais vu marcher car ses parents ne l’utilisaient pas ; les trois orifices accueillaient plutôt géraniums et impatiens et les chats étaient tentés par les restes de cendres …
M. Peronnet a bien voulu faire un croquis de ce potager placé sous une fenêtre

II) Il existe encore à Vicq une installation très particulière, mi-potager, mi-fourneau. Installée sous le linteau de la cheminée et recouverte de faïence bleue et blanche, c’est un potager, on ne peut y faire du feu, la température serait trop élevée ; elle possède néanmoins un tuyau pour l’évacuation des fumées et des ronds métalliques comme un fourneau. Il semble qu’elle soit munie d’une sorte de four. C’était peut-être une conception plus élaborée ou bien l’ensemble avait-il été modifié au fil du temps ?...


 

Le potager « portatif ».
Plus tard, on fabriquera des potagers métalliques, sortes de barbecues avant l’heure ; on en trouve encore quelques spécimens dans les brocantes.

Potager de belle demeure
Dans la grande cuisine de la maison de George SAND à Nohant, le potager est très impressionnant : placé devant la fenêtre, bien carrelé de faïence bleue et blanche, il possède 6 foyers dont un grand, rectangulaire. Les récupérateurs de cendres sont bien visibles.