Serment a la constitution

Janvier 1791 : le curé de Nades prête serment de fidélité à la Constitution

Gérard RENOUX

LE DOCUMENT présenté ci-dessous provient d’un ancien registre de la Mairie de NADES que monsieur Claude Manceau, Maire, a bien voulu nous confier. Une sauvegarde numérique a été réalisée par le « Pays de Lisolle ».
Parmi soixante-dix-sept pages, nous avons extrait ce texte dont nous reproduisons ci-dessous un fragment.

On s’aperçoit que, contrairement à son confrère LECLACHE à Chouvigny, le curé d’ALEXANDRE à Nades a accepté de prêter serment à la nouvelle Constitution. On peut remarquer la solennité apportée à l’événement : déclaration devant la municipalité le jeudi 27 janvier, suivie du serment officiel en chaire lors des vêpres du dimanche 30, moment où seront présents le plus grand nombre de témoins.
L’acte a été établi par Antoine DELARUE, notaire.

En 1791, Louis XVI n’avait encore pas trahi et on se réfère constamment au ROY « qui a accepté la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale ».

Deux autres personnes signent cet acte, ainsi que beaucoup de pages de ce registre : SOULHIAT et JAMES, mais ils ne figurent pas dans la liste des présents, alors que le notaire DELARUE se place en première position. Sont-ils membres de la municipalité et absents aux vêpres ?
Alors pourquoi Mathieu LAFOREST, le maire d’alors qui vient juste d’être proclamé, ne signe-t-il pas ? Sont-ils des notables de Nades ? Affaire à suivre …

La liste est intéressante, parce qu’elle cite 96 citoyens de la commune et leurs professions : beaucoup de propriétaires, de laboureurs, de métayers, de sabotiers, de journaliers, des meuniers, des tourneurs, un peigneur de chanvre et … un aveugle. Cependant, aucune femme, alors qu’elles étaient sans doute présentes en aussi grand nombre que les hommes. La citoyenne n’avait pas encore été inventée. Et oui ! il a bien fallu attendre le milieu du XXème siècle pour que la République accorde le droit de vote aux femmes !
Ce ne sera donc pas cette révolution de 1789 qui apportera l’émancipation féminine ! D’ailleurs, qui a dit que c’était la révolution de la bourgeoisie contre l’aristocratie ?
Même après l’abolition des privilèges, le bas-peuple n’avait pas son mot à dire et la femme encore moins.

Aujourdhuy dimanche trente janvier 1791 à l’issue de la vêpre de cette paroisse de Nades joseph anne d’alexandre prêtre curé de cette même paroisse, en présence des officiers municipaux et de tous les fidèles ou du moins du plus grand nombre, est monté dans la chaire où il a déclaré à haute et intelligible voix que relativement à la déclaration par luy faitte au greffe de cette municipalité jeudy dernier vingt sept du présent mois que relativement à la loy donnée à Paris le 26 novembre dernier, il entendoit faire le serment exigé de tous les éclésiastiques fonctionnaires publics du Royaume. En conséquence pour y satisfaire le sieur curé a prononcé son serment dans les termes portés en la ditte loy, je jure de veiller avec soin sur tous les fidéles de ma paroisse d’être fidel à la nation à la loy et au roy, de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’assemblée nationale et acceptée par le roy de laquelle prononciation le dit sieur curé a requis messieurs les officiers municipaux de dresser le présent acte pour luy servir de valoir ce que de raison, lequel acte fait et rédigé sur le champ en présence du peuple et avons signé avec le dit sieur curé le dit jour et an que devant.

Signatures : D’alexandre curé - Delarue Soulhiat - James