Le foot à Boenat

Le foot local naquit à Boënat

Louis Dubost

La malheureuse fin du récent match entre l’équipe de France et celle de l’Algérie a ravivé bien des souvenirs de Football à Louis DUBOST, lalizollois du bourg mais ancien joueur de la première équipe formée à BOËNAT. Dans les temps anciens déjà, ce sport avait acquis une telle notoriété qu’il se répandait peu à peu dans presque toutes les communes de France.

Cependant, que d’évolutions, voire de révolutions dans tous les domaines depuis ces temps anciens !
Approche du sport, encadrement, technique de jeu, tactiques, conditions matérielles (terrain, vestiaires, buts, ballons, chaussures, tenue des joueurs …). Que reste-t-il de commun avec ces temps-là ? La passion !
Car les « acharnés du ballon » ont existé à toutes les époques.

Laissons Louis DUBOST, le vétéran des footballeurs de la commune, exprimer des souvenirs jamais enfouis, une lueur de jeunesse dans le regard à l’évocation de ce temps lointain pour nos jeunes.
« Ce jour-là nous rendions un match amical à l’équipe de MONTJOIE ! Une sacrée équipe …
Le match avait lieu à Montjoie, contre cette équipe réputée, pratiquement constituée d’ouvriers polonais, à tel point que sur le terrain on se serait cru en terre « étrangère ».
Or, contre toute attente nous avions marqué les premiers et notre équipe, sans complexe devant ceux qui s’entraînaient deux fois par semaine -une réalité inconcevable pour nous les petits gars de la montagne- tenait la dragée haute aux locaux.
La fin de la première mi-temps approchait lorsque nous marquons un second but … Aussitôt les spectateurs envahirent de mécontentement le terrain, menaçants.
Paul RAY qui compris avant nous le refus d’une humiliation, prudemment s’adressa à nous : « Allez dit-il, ne cherchons pas d’histoires. On s’en va ! ». Et nous quittons le terrain, suivis par nos adversaires, sans animosité.
Dans les baraquements, au déshabillage,on nous paya un bon vin chaud au milieu de nos adversaires malheureux d’un jour dont les supporters n’avaient pas admis la domination d’un moment !

Cette photo me rappelle les débuts de cette véritable aventure menée grâce aux qualités d’un homme, Paul RAY.
Je me souviens de nos difficultés à la recherche d’un terrain de jeu, à peu près plat ! De Duème, à la Tauille, à Boënat, combien de changements !
Les premiers buts furent tirés de sapins offerts, coupés par Tétène FAYOL, équarris en scierie par Joseph DEBOST et transportés … à vélo (poteaux liés sur le cadre du vélo mené à pied, barre transversale mobilisant deux vélos…)
Quant à la tenue c’était à la fortune du pauvre. Les conventions furent respectées plus tardivement et l’on s’accorda à se présenter avec un maillot blanc, une culotte bleue, et des bas autant que possible rouges.
La coiffure était quasiment habituelle au début, la casquette plutôt portée par le gardien de buts.
Bien sûr tous n’avaient pas des vraies chaussures de foot …

UNE EQUIPE TRES ASSOCIATIVE probablement de 1934, présentée avec l’émotion du souvenir par LOUIS DUBOST.
Roger RENOUX, fils d’Antoine Albert
DANIEL du Gros-Boënat, Joseph
DEBOST, ouvrier menuisier à Lalizolle,
Alain ESTEVE dit Bébel,
Marc CHAMPOMMIER, plâtrier,
Louis DUBOST dit Cadran, gardien de but,
AntoineFAYOL dit Tétène du Parc de Nades,
Emilien COLAS, maréchal,

1926 les garçons se rassemblent

Un certain … BOUCHERET natif de NADES, en classe à l’école supérieure de GANNAT, a découvert le football. A la recherche de partenaires, il descend souvent pendant les vacances à LALIZOLLE avec son ballon. Car il possède un ballon.

Louis DUBOST, Henri BARREL, Émile DURANTON et bien d’autres se retrouvent près du château d’eau de la Croix des Hommes, seule surface à peu près plane qu’ils sont autorisés à piétiner. On tape dans le ballon comme on peut. Encore faut-il pouvoir s ‘en approcher ! Il faut courir, courir la plupart du temps … sans le ballon.
Louis DUBOST part pour l’école supérieure de commerce et d’industrie de MOULINS, école dont la cour est contiguë à celle du lycée Banville.
Pendant les récréations, les soirs après la classe, il découvre à son tour le véritable jeu de football.
En effet, dans la cour se pratique un jeu de niveau supérieur : le lycée Banville présente, en championnat scolaire, des équipes structurées de la catégorie minime à celle des seniors.
Du côté de l’école supérieure, c’est forcément moins brillant !

La balle est apportée par les externes.
Louis DUBOST fait ses premiers pas en football en compagnie de ses cousins Alfred REDON et Jean ARNAUD. Il ne restera qu’un an pensionnaire à MOULINS et cependant, le « virus du foot » l’aura atteint. Il continuera, de retour au pays, à retrouver les amateurs pour « taper dans le ballon » comme disent les parents !…

1931 et BOËNAT souffle un vent nouveau autour de l’école

L’instituteur partage les récréations avec les enfants et les fait jouer au ballon ! Robert BLANCHET se souvient. Il fera partie de ceux qui vont suivre pendant longtemps les foulées du Maître.
Ce maître-là, passionné d’école et de sport, va rapidement organiser leur pratique à BOËNAT !

On verra dès les années 32, 33 les rassemblements, les rencontres amicales. Il est difficile de convaincre les parents qui n’avaient jamais vu ou connu une telle activité. Robert BLANCHET s’évade souvent et va voir jouer les grands au terrain des JACQUOS (M. JEANTON louait alors un terrain à M. BOUCHARD père. Ce dernier, dont le fils Émilien raffole de foot, l’abandonnait bien volontiers aux amateurs. Quelle aubaine !)

Les premières licences nécessaires à la pratique du sport organisé attestent la présence des Roger RENOUX (Boënat), Albert DANIEL (Boënat), Joseph DEBOST (Lalizolle), A b e l E S T È V E ( Bo ë n a t ) , Ma r c C H A M P O M I E R (Boënat), Louis DUBOST Lalizolle), Anto i n e FAYOLLE (Lalizolle), Roger GROS (Sussat), Émile COLAS (Boënat), Paul RAY (Boënat), DEFRETIÈRE, mais aussi de Raymond CORNET des Ronzières, Roger LESBRE de LALIZOLLE, Jean-Baptiste PINEL (qui travaillait à la forge COLAS), les frères PELLETIER de MOULINS (beaux frèresde Jean RAY, ces Moulinois pratiquent aussi le rugby !)

Et puis viendront les Gaston BUCHENAUD (instituteur à NADES), Jules GROBOST, Henri MARTIN, Raymond SINTUREL, André TOURRET venus … d’ÉCHASSIÈRES. Et encore Marcel BIDON de LALIZOLLE, André FAYET d’ÉCHASSIÈRES, Edmond MAITRE (BOËNAT), Gérard FLEURY (NADES), Raymond DESMAISON et Jean CITERNE, Marcel MASSON …

BOËNAT est le véritable centre sportif du PAYS.
Et quand est présent le carré magique composé de ESTÈVE et CHAMPOMIER (à l’arrière), RAY et BUCHENAUD (à l’avant) Louis DUBOST (gardien), l’équipe est structurée.
Bien entendu, les équipes changent d’un match à l’autre.

La fusion avec ÉCHASSIÈRES amène un regain d’efficacité. Le F.C. BOËNAT allait jusqu’à gagner contre l’Étoile Moulinoise !
En ce temps-là, on se déplaçait comme on pouvait ! Souvent avec les moyens du bord comme la bicyclette.
Lorsque la distance s’avérait trop grande, on allait chercher les chauffeurs : Pierre MALAPAIRE, Jean RAY, ceux de la maison TOURRET … Parfois, le père COLAS empruntait le camion du « Trente Sous », mais il fallait pousser l’engin dans les côtes !

Peu à peu la renommée du F.C.B. prend forme

Les parents autorisent plus facilement les enfants à rejoindre « le Maître, l’instituteur » dans sa mission d’ouverture vers l’activité physique et sportive.
Robert BLANCHET, André DESMAISON, René DICHAMP, M. MASSON, Camille BARREL, G. MONTANDROT, Roger RENOUX, A. SUCHET, G. TROUVÉ, les frères BAL en bénéficient dès 1937.
Les formations d’équipes évoluent énormément avec le temps.
Le nouveau « noyau dur » est formé de Raymond DESMAISON et Marc CHAMPOMIER à l’arrière, Paul RAY, Roger RENOUX, Émile COLAS à l’avant.
Deux gardiens de but alternent « dans la cage » (Robert BLANCHET et René DICHAMP)

Quand la passion l’emporte

Automne 1937. Robert BLANCHET se voit confier les labours chez son cousin à … CHIRAT.
« Il ne faudra pas traîner pour espérer terminer l’œuvre au bout de la semaine, car il y a foot dimanche » pense le jeune homme.
Le jeune garçon mène un train d’enfer à son attelage … et réussit son pari.
Las ! Le dimanche matin, il se voit contraint de labourer un demi-hectare supplémentaire. Le temps de labourer, celui de retourner à BOËNAT au pas du cheval, à quelle heure aura-t-il fini son travail ?
14h50, Robert BLANCHE dételle le cheval à BOËNAT, enfourche le vélo l’estomac peu chargé et rejoint ses camarades à toute allure.
Au terrain on s’impatiente !
« Tiens le voilà. Alors ! On t’attend ! Dépêche-toi. »
Sur le terrain, l’attrait du ballon sera le plus fort et le jeune footballeur oubliera la fatigue de la semaine … Quel enthousiasme !