Le coup du chapeau


"Le coup du chapeau » : Antoine DELARÜE, notaire royal, élu maire de NADES "

Gérard RENOUX

 La période révolutionnaire, par une réglementation qui change souvent, impose aux municipalités des ajustements fréquents.


Les habitants de la commune, du moins ceux qui ont le droit de voter (les citoyens actifs*) font ainsi l’expérience de la démocratie directe. Antoine DELARÜE, notaire royal dans la commune depuis1766, s’est fait élire maire une première fois en 1790.
Nommé administrateur au conseil du district de GANNAT, il ne peut plus remplir cette fonction et convoque, le 20 mai 1790, une assemblée des habitants de la commune pour élire un remplaçant. De plus, un conseiller, Bonnet LAFOREST, est décédé et la loi demande que la moitié des conseillers soient remplacés. On procède donc au scrutin qui désigne Mathieu LAFOREST maire.

Le 5 décembre 1791, l’an troisième de la liberté, à l’issue de la messe paroissiale, les citoyens sont à nouveau réunis en l’église de la paroisse, convoqués par le curé Joseph Anne d’ALEXANDRE, le dimanche précédent. « Les citoyens ainsi réunis, il leur a été annoncé par Antoine DELARÜE, notaire, que le sujet de l’assemblée étoit de nommer un maire à la place de celuy qui s’en étoit en allé (?) et devoit être réélu ou remplacé depuis la Saint Martin, que la moitié de la municipalité devoit sortir par l’effet du sort et remplacer sur le champ au scrutin individuel. »

La loi prévoit qu’on forme un bureau composé d’un président, d’un secrétaire et de trois scrutateurs. Tous les présents sont d’avis de prendre Monsieur le Curé de Nades pour président, mais, pour les autres postes qui demandent de savoir lire et écrire, il est observé « qu’il n’y avoit pas assez d’écrivains pour tenir ces places ». Monsieur le président propose donc de continuer de nommer le maire par acclamation, ce que l’assemblée accepte.

Sur ce, Jean VALLETON propose le nom d’Antoine DELARÜE redevenu éligible (on ne sait pas encore pourquoi) et plusieurs autres noms, mais le registre ne précise pas lesquels.

« Pour ne point laisser de doute, M. le président a mis aux voix la nomination du dit Delarüe et a dit que tous ceux qui seroient de l’avis que Mr Delarue fut nommé maire, missent le chapeau sur la tête. En même tems, tous les citoyens présents ont mis leur chapeau sur la tête en disant qu’ils nommoient pour maire le dit sieur Delarüe et le dit sieur Delarüe présent a accepté la dite place et commission et prononcé et juré d’exercer la ditte place, d’être fidel à la nation à la loy et au roy, de maintenir et faire maintenir les décrets de l’assemblée nationale de tout son pouvoir. »


Méthode originale, le coup du chapeau a sans doute permis aux électeurs de gagner beaucoup de temps et de rentrer plus tôt pour le repas dominical. Le compte-rendu permet de plus d’affirmer que tous les présents disposent d’un chapeau. Mais avant de partir, il faut compléter la municipalité, peut-être par la même méthode bien que cela ne soit pas précisé dans le compterendu. Tout d’abord, on tire au sort ceux qui doivent sortir. Le procureur syndic, Jean REDON, est épargné par le sort, mais quelqu’un fait remarquer que ce dernier ne sait pas écrire. On nomme donc procureur syndic et à l’unanimité, Jean VALLETON qui sait écrire. Pour consoler Jean REDON, on le nomme premier échevin, avec pour deuxième, Antoine SOULHIAT, meunier à la Gourdonne, troisième Gabriel MALLERET et quatrième Jean COMBÉMOREL dit LE ROUSSEAU.


On procède enfin à la nomination des notables et le président déclare élus à la majorité des voix : François FRÉTIER l’aîné, Jean COMBÉMOREL de Combémorel, Jacques BARREL, André En face de l’actuelle mairie de NADES, la maison où vécut DUBOT, PierreDUBOT dit CHAMBON, Jean LAFOREST, Bonnet MERCIER et Marien GIDEL.

Tous les élus ont alors prêté serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi, de maintenir et faire maintenir de tout leur pouvoir la constitution du royaume décrétée par l’Assemblée Nationale.

Le compte-rendu de la séance a été rédigé par Antoine DELARÜE. On trouve six signatures : Delarüe, Valleton, James, Soulhiat, d’Alexandre président et François Laforest. Pour le dernier, l’écriture semble plus laborieuse.

* Pour être « citoyen actif », il faut :
- être un homme de nationalité française
-  avoir plus de 25 ans
- ne pas être serviteur à gages
- ne pas avoir été condamné
- résider dans la commune depuis plus d’un an
- payer une contribution égale à trois journées de travail
- être inscrit sur les registres de la Garde Nationale.
Pour être élu, il faut être citoyen actif et, de plus, payer l’équivalent d’au moins dix journées de travail.Certaines fonctions sont en outre incompatibles.