La region en 1944


Contribution à l’histoire de la résistance : la région d’Ébreuil en 1944 (Pierre BUVAT) 


Le camp de résistants Jean CHAUVET.
L’installation de ce camp à partir de juin 1944 dans les bois du Châtelard et les combats qui se déroulèrent le 22 juillet 1944 demeurent un événement marquant pour notre commune. LALIZOLLE se trouva ainsi au centre de la zone de combat qui opposa 70 maquisards à 1500 soldats de la Wermarcht. Ce combat se solda par un bilan particulièrement douloureux. Parallèlement aux maquis, des réseaux de civils résistants furent créés à partir de 1943, pour des tâches précises. L’un d’entre eux était animé par BOUSSANGE dit « JUST »,
La résistance à Ébreuil est surtout marquée par la présence des maquis F.T.P. implantés en 1944 dans les bois des environs.

Il faut citer
• Le camp Jean CHAUVET installé sur les communes d’Ébreuil et de Lalizolle dans les bois du Châtelard
• Le camp Gabriel DIONNET, au château de Lormet à Valignat

Après l’incendie du château de Lormet par l’armée allemande, le camp se reconstitua en forêt des Colettes et finit, après le 20 juin, par se regrouper dans les bois de Veauce, sous les ordres de Marceau (Léopold MAUPAS).

Il ne faut pas oublier de citer le maquis de Saint-Gal-sur-Sioule, à 8 km d’Ébreuil, plus chargé de contrôler la route des gorges de Chouvigny.

Parallèlement à ces foyers de résistance armée, des réseaux de civils constitués d’un nombre
réduit de résistants se spécialisent dans une tâche bien précise : liaison avec les maquis du secteur, délivrance de fausses cartes d’identité et de travail, hébergement de nuit, communication de renseignements, etc.

Sur la commune d’Ébreuil, le réseau de Max est plus spécialisé dans la transmission et la réception de messages radio.

Le réseau du Capitaine BOUSSANGE dit JUST, instituteur à LALIZOLLE, travaille en coordination avec le réseau BUSSIÈRE de GANNAT, s’appuie sur un noyau de résistants habitant ÉBREUIL et assure la liai- son avec le maquis Jean CHAUVET.

Il aurait existé un autre réseau de renseignements et d’aide aux maquisards, rattaché au mouve- ment A.S. (Armée Secrète) dirigé par H. D., un ancien militaire de l’aviation française qui élut domicile à Ébreuil, son pays d’origine, dès 1942. Mais pour ce cas précis, il est difficile d’admettre la véracité de tous les faits rapportés par son auteur sur ce réseau local, tant les témoignages à son égard sont contradictoires et les vérifications impossibles jusqu’à ce jour. Par contre, on peut accorder à H. D. la paternité de manifestations ponctuelles contre l’occupant comme celle de déposer avec deux camarades, au monument aux morts le 14 juillet 1943, une couronne surmontée de la croix de Lorraine et de drapeaux al- liés, ce qui entraîna l’intervention de la gendarmerie locale et du maire adjoint de l’époque. La proximité de ces maquis d’Ébreuil et les opérations sporadiques qu’ils déclenchent vont rapidement mettre en alerte l’occupant et la police de Vichy.

Ébreuil est désignée en 1944 comme zone de maquis. Elle sera à ce titre sévèrement surveillée et même menacée de représailles (voir plus loin).

Le camp de Veauce Gabriel DIONNET

L ’HISTOIRE de ce maquis, depuis son implantation en juin 1944 jusqu’à son déplace- ment après l’attaque du 23 juillet a été décrite dans deux ouvrages :
• Le premier « Et les bourbon- nais se levèrent » d’André SÉRÉZAT, historien, est paru en 1985
• Le deuxième « La résistance, un maquis parmi d’autres » est une plaquette rédigée en 1995 par Jean MARIELLE qui a fait partie du commandement de ce camp en tant que commissaire aux effectifs.

C’est à ces écrits et à l’interview de Jean MARIELLE que j’emprunte l’essentiel des lignes qui suivent.
a/ La formation du camp.

Après le 6 juin 1944, le maquis G. DIONNET est formé au château de Lormet à Valignat, petite commune du canton d’Ébreuil, sous le commandement de Victor BRIGAND, dit Verneuil. Rapidement signalé, ce camp sera démantelé par l’armée allemande qui incendie le château.
Les maquisards dispersés vont se regrouper en forêt des Colettes, bientôt rejoints par les groupes de Vichy, Cusset, Varennes et Gannat.

Le 10 juin 1944, le camp comportait 48 résistants, répartis en deux détachements de trois groupes de 8 hommes, sous les ordres de Léopold MAUPAS dit Marceau et du triangle de commandement qui était la structure des F.T.P.F. avec le C.E. (commissaire aux effectifs), le C.O. (commissaire aux opérations) JONIN dit Acier et le C.T. (commissaire technique) Leduc. Après un accrochage avec un détachement allemand, le camp se déplace et s’installe le 20 juin dans les bois de Veauce pour remplir la mission qui lui était assignée : empêcher les troupes allemandes de se déplacer et plus particulièrement en bloquant la voie ferrée Gannat-Montluçon.

b/ Les opérations
Le 22 juin, une équipe fait dérailler un train sous le tunnel de Louroux-de-Bouble qui reste obstrué pendant une quinzaine de jours.
Après une autre tentative de déraillement qui s’avère infructueuse, le 6 juillet 1944, les déraillements de deux trains allemands réussissent à bloquer le tunnel de Bellenaves pendant trois semaines et 9 soldats allemands sont faits prisonniers. Ces opérations réussissent grâce à la collaboration de cheminots de Gannat et de Bellenaves et à l’attitude bienveillante de la gendarmerie de Bellenaves. Et comme l’a rapporté Aimé THUIZAT C.O. dit lieutenant Richard, « la complicité des habitants était réconfortante ...» et de citer Ma- dame la baronne de Veauce qui mit son château à leur disposition et se proposa comme boîte aux lettres et agent de renseigne- ment.

c/ La tactique de combat
La tactique de combat des F.T.P.F. dont le commandant en chef fut Charles TILLON est décrite dans les instructions don- nées par Marcel PRENANT, chef d’état major. En voici un extrait : « Pas de combat défensif, décrochages par groupes de 2 ou 3 et prévoir le regroupe- ment ultérieur ; primauté du mouvement sur le feu, pas de duel de coups de feu même dans la défensive. »
Cette forme de lutte s’imposait en raison même du faible arme- ment des maquis, rappelle Jean MARIELLE.

d/ Qui étaient ces résistants ?
Plus de la moitié d’entre eux avaient moins de 30 ans et la majorité étaient ouvriers d’usine ou agriculteurs.
Un de ces jeunes Gilbert RECORBET écrivit alors qu’il était seul dans la nuit, de garde, le poème J’ai 20 ans et les allemands. Les vers suivants extraits de son poème expriment l’idéal qui animait ces résistants « Ils ont vu leur pays, leur chère France blessée
Alors ils sont venus quand on leur a dit  venez sans distinction de classes et d’idées politiques. » 

Le maquis de Saint-Gal-sur-Sioule

SAINT-GAL est une petite commune du Puy- de-Dôme située sur la rive droite de la Sioule, entre Ébreuil et Chouvigny. Le maquis de Saint-Gal, installé dans les bois au-dessus du village, occupait un point stratégique. Le pont sur la Sioule, à cet endroit, assure effectivement la liaison routière avec la N. 144, soit par Saint-Pardoux, soit par la route des gorges de Chouvigny. C’est ce maquis, commandé par le lieutenant Vienne qui aurait obstrué la route des Gorges pendant l’été 44, en faisant exploser un rocher au Roc Armand. Opération fréquente qui a pour but de retarder les troupes allemandes vers les zones de combat, tout en respectant dans la mesure du possible les ouvrages d’art tels que pont, viaduc ou tunnel … Tentatives de représailles
En juillet 1944, Ébreuil ne tardera pas à inquiéter les forces d’occupation et sera bientôt considérée comme zone de maquis. Des soldats allemands, à partir de ce moment, seront postés à l’entrée du pont de la Sioule pour contrôler les passages. C’est aussi à cette époque que la circulation automobile sera totalement interdite à Ébreuil, comme d’ailleurs dans tout le département de l’Allier. « Quand on entendait ou voyait un véhicule motorisé, ce ne pouvaient être que des allemands ou des maquisards » notent deux habitants qui ont vécu cette période. La tension devenant de plus en plus vive entre les forces d’occupation et de collaboration d’une part, et celles de la résistance d’autre part, les autorités militaires allemandes dont un détache- ment est cantonné à la malterie à Gannat, menacent d’exercer des représailles sur la population d’Ébreuil. En juillet 1944, elles demandèrent au maire-adjoint François GIRBON, de leur désigner des otages. Celui-ci refuse et accompagné de Monsieur MALLERET, un ancien directeur d’école de Gannat en retraite à Ébreuil et qui parle bien l’allemand, va parlementer avec l’état-major allemand pour les dissuader de mettre à exécution leur projet meurtrier. Ébreuil échappa de justesse à des représailles dont les soldats de la division Das Reich ont mis au point les méthodes sanglantes comme à Tulle et à Oradour-sur- Glane. 

Le réseau de Max

Un ancien officier (M. MÉTRO) revenu à Ébreuil après juin 1940, fait appel à Jean CHANARD en 1941 pour adhérer à un réseau qui se chargeait de faire traverser la zone libre à d’éventuels pilotes anglais. Le réseau était amené à héberger ces pilotes ou à les convoyer pour qu’ils échappent à la milice. En 1943, Jean CHANARD, radio-électricien de son métier, devient Max et prend la tête d’un réseau de résistance à Ébreuil. Son principal travail consiste à héberger des opérateurs radio pour qu’ils puissent émettre et réceptionner des messages destinés aux centres de résistance. Leur chef régional est Prince (R. HUGUET). Une des filles de Max se sou- vient des allées et venues, chez ses parents, de ces résistants. Comme Guy, ce radio chargé des émissions clandestines ou Germain, ce courrier qui passait sou- vent à son domicile prendre les messages reçus, après avoir fait le trajet à vélo de la gare de Saint-Bonnet-de-Rochefort à Ébreuil. D’où venaient-ils ? Difficile de le savoir, tant le secret entourait toutes les personnes membres d’un réseau. Germain sera arrêté en 1944 et déporté. Rescapé des camps de la mort, il revint en

France en 1945. Max conduisait à chaque fois ces résistants chez des amis à Miallet, aux Bauris ou au Mercurol, des hameaux perchés au-dessus d’Ébreuil. Ainsi ils pouvaient émettre dans les meilleures conditions de sécurité, sans être repérés immédiatement. Amédée BOUSSANGE dit Just (instituteur de Lalizolle) et un coiffeur de Gannat auraient fait partie de ce réseau. En janvier 1968, à l’occasion des obsèques de Jean CHANARD, le journal local « Le Réveil Ganna- tois » rendit un émouvant hommage au chef de réseau Max.