Inventaire

Inventaire après décès d’un cabaretier de Lisolle

Michel ROUMY

LE 11 JUILLET 1626, maître Annet Bessejon, juge commis en la châtellenie de Nades et Lizolle, convoquait un conseil de famille pour décider de la mise sous tutelle et curatelle des enfants mineurs de feu Antoine Gaulminet et inventorier les biens du défunt, cabaretier de son vivant.
Etaient présents à cette assemblée de parents appelés à conseiller la Cour :
- Jehan, François et Claude Gaulminet, oncles paternels des enfants
- Gilbert Campte, fils à autre Gilbert, oncle maternel
- Annet Eschégut et Annet Defaugières, autres oncles maternels
- Blaise Huguet, neveu et Gilbert Campte-Boylet parent ;
Gabrielle Campte, la veuve de Gaulminet dit : « qu'elle entend être tutrice de ses enfants mineurs – Gilbert et Marie – sous réserve que les biens laissés par le défunt, qu'il y a lieu d'inventorier, pourvoient à la nourriture et éducation de chacun ».

Après discussions où seront cités les deux autres enfants majeurs du couple : François et Blaise âgés respectivement de 25 et 20 ans, la veuve Gabrielle Campte sera agréée, à la pluralité des voix, comme tutrice et Annet Eschégut comme curateur.
Maître Rouher, notaire royal, procède alors à l'inventaire :
Premièrement, étant dans la maison du défunt nous y avons trouvé :
- une rôtissoire de cheminée avec sa crémaillère 15 sols
- une cruche, deux poëllons, une broche, une cueillere, une pelle, une tranche (?) 50 sols
- une arquebuse à petit ressort avec une fourche de sol 5 livres
- quatre tables de grosse menuiserie avec leurs bancs 50 sols
- un buffet en bois de chêne de petite valeur 40 sols
- deux châlits avec leur lit garni, l'un des deux appartient à la veuve et figure à son contrat de mariage 18 livres
- quatre plats, quatre écuelles, sept assiettes, une chopine, une pinte, le tout en étain, deux petits chandeliers d'airain, un crochet à peser 3 livres
- dans un petit coffre en bois de chêne de grosse menuiserie nous n'avons rien trouvé si non le petit linge de ladite veuve, le coffre estimé à 4 livres
- dix linceuls de toile de plain et étoupe, dix sept serviettes et deux nappes de plain 10 livres
- un autre grand coffre de grosse menuiserie servant à tenir les ustensiles de ménage
- un petit marche ban dans lequel il y a quelques escuches (?) de pétrir un sac (?) 5 sols
- un petit coffre en bois de chêne (dans lequel seront inventoriés quarante six contrats de vente, de partage, des quittances, des baux, datés de 1613 à 1626) 10 sols
- un papier-journal des sommes dues au défunt pour un montant de 20 livres
- un certain cahier contenant le mémoire et la charge qu'il avait de la Fabrique de l'église de Lizolle avec une sentence contre Louis Menat du 2 août 1622 et certains contrats et pièces concernant la Fabrique

Dans une chambre joignant à la maison nous avons trouvé :
- deux petits lits de balle, compris leur châlit 4 livres
- quatre poinçons de vin rouge que la veuve a dit être à Antoine Mounin et François Boisset a qui le défunt a acheté le vin et payé seulement six livres 6 livres
- deux cognées, une serpe, une bigue (1), une plane servant à l'usage du bouyé (du bois ?) 3 livres
- un « chetit » coffre 5 sols
- un « chetit » marche-bans 5 sols

Nous sommes transportés dans une autre chambre au haut de Lizolle dans laquelle il y a un cent de gluis que la veuve dit avoir besoin pour les réparations des bâtiments, partant il n'en a été fait aucune appréciation, aussi pour la charrette et les autres attirails nécessaires au labourage.
Dans le grenier de ladite maison et chambre nous avons trouvé :
- deux tambours 40 sols
- trois grandes corbeilles, un van à vanner le blé, une quarte à mesurer 25 sols
- une arche en « chetit » bois 6 sols
- dans un petit meulard trois livres d'huile de noix 3 livres
- deux septiers soilhe (2) pour employer à la nourriture 

Dans une grange et étable nous avons trouvé :
- deux vaches, deux veaux et un taureau 60 livres
- plus 18 brebis 18 livres
- plus neuf pourceaux tant petits que grands 18 livres
- plus une jument à poil gris 15 livres
- plus ont exhibé quatre boeufs, trois vaches, un veau et un taureau que la veuve nous a dit être en cheptel de feu le sieur de Julhat 150 livres 

Dans une autre chambre du fond nous avons trouvé :
- une maie à pétrir, une « chetite » maie, une selle à usage de cheval, un bât de cheval 4 livres
- deux faux à faucher, quatre volants, une scie 3 livres 

L'énumération du mobilier et cheptel de feu Antoine Gaulminet (plus tard le nom s'écrira Gauminet ou Gominet) prouve l'aisance, pour le lieu et l'époque, d'un cabaretier doublé d'un paysan cossu. Il est fort possible qu'avec chez soi une arquebuse et deux tambours, notre compatriote ait servi dans les armées des guerres de religion ou de la Ligue (son petit fils sera affublé du sobriquet de « gendarme » –gens d'armes), ou bien, moins glorieusement, il avait ramassé sur un champ de bataille ces trophées militaires que des belligérants occis ou en déroute avaient abandonnés. 

(1)La bigue est peut-être ce que l’on nomme en patois un « bigot », c’est-à-dire un croc à fumier.
On trouve dans des actes du notaire Antoine Delarüe de NADES, « le blé soigle » pour le seigle (soilhe peut se rapprocher du terme patois « sille » qui désigne le seigle). 

L’arquebusier

L’arquebusier pour se mettre en oeuvre doit :
mettre le bout de sa mèche allumée dans le serpentin, à la convenable longueur pour atteindre l’amorçoir, puis il lui faut souffler dessus pour en activer la combustion, ouvrir le bassinet, poser son arme sur sa fourquine (fourche) plantée au sol ou attachée au trusquin de sa selle, viser, appuyer et, enfin, attendre que le coup parte.

Il semble bien que le vieux Gaulminet utilisait exclusivement une arquebuse où un rouet bandait un petit ressort qui faisait jouer un autre ressort qui lui-même déclenchait un autre gros ressort. Une fois tendus les ressorts se détendaient (comme c'est le lot commun à tous les ressorts d'être sur terre pour simplement se détendre, sort enviable entre tous), des étincelles jaillissaient et embrasaient la poudre de l'escopette.
Le coup partait. Gaulminet était content et offrait une tournée générale.