Fontaine de la Faye

Fontaine, fontaine, nous boirons de ton eau

Michel ROUMY

IL SE DIT que les temps futurs seront ceux de la quête de l'eau, élément fondamental de toute vie. Voici la preuve que cette recherche a été de toutes les époques :

« Furent présents en leurs personnes Puissant Seigneur Claude de Chauvigny de Blot* seigneur et baron du Vivier, de Salpaleine, le Darrot et la Garenne demeurant en son château du Vivier, d'une part et Annet et Michel Laydieux**, le jeune, père et fils, charpentiers et fontainiers du lieu de Rochebraut, paroisse de Loubeyrat, solidairement sans division ni digression, renonçant au bénéfice d'icelle d'autre part.

Lesquels partis de leur plein gré et volonté ont fait le traité suivant : Savoir que lesdits Laydieu ont promis de faire et conduire l'eau d'une fontaine appelée la fontaine de La Faye et icelle conduire dans les deux cours du château de telle sorte que la source y vienne ; (ont promis) de faire à la perfection ladite fontaine, de commencer dés à présent et continuer jusqu'à ce qu'ils auront conduit l'eau dans les bassecours***. Ils seront tenus de faire les rases nécessaires, de faire les tuyaux et les poser en terre à leurs frais et dépens pour le prix de 360 livres, 6 septiers de seigle mesure du Vivier, 20 livres d'huile de noix, un poinçon**** de vin et un poinçon de petit vin***** que le seigneur dudit lieu paiera à mesure et proportion de l'avancement. Et seront tenus (les Laydieux) de joindre et de conduire avec l'eau de la fontaine de La Faye une autre fontaine de source qui est dans le bois du Chier et bien exactement rechercher toute l'eau qui leur sera possible pour la conduire dans les dites basses-cours. Pour ce faire ledit seigneur fournira les matériaux nécessaires et fournira les ferrements et fera faire la rase à conduire l'eau de la profondeur de deux grands pieds du Roy. Car ainsi les partis l'ont voulu et les Laydieux seront tenus d'observer le contenu des présentes et de rendre l'oeuvre parfaite dans six mois ….

Fait et passé au lieu du Vivier, avant midi, le premier jour d'octobre 1663, en présence de maître Gilbert Genest procureur fiscal du Vivier … »

                    

 

Monsieur Arnaud, l'actuel propriétaire au Vivier, m'a conduit au vaste cellier des communs du château où j'ai trempé les mains, en forme de coupe, dans un bassin niché au creux d'un mur.
Le petit pipi qui y sourd est propice au rafraîchissement des bonnes bouteilles de vin des côtes mais là n'est pas le débouché des sources de La Faye et du Chier, dont le débit avait dû être jugé suffisant pour remplir les douves du château, ou du moins à alimenter des pièces d'eau plus conséquentes. L'ampleur de ces caves où autrefois s'alignaient et se superposaient les barriques et tonneaux explique pourquoi une partie des paiements s'effectuaient en nature.

 

Autre évidence qu'il nous vient dans la fraîcheur du lieu : pour nettoyer toute cette futaille il fallait beaucoup d'eau et il en fallait aussi pour mouiller et transformer le bon en petit vin. Reste à retrouver la matérialité des sources et pourquoi pas quelques traces de l'ouvrage des fontainiers de Loubeyrat. 

* D'après le généalogiste Remacle, ce Claude était le quatrième fils de Jean de Chauvigny de Blot et de Guyonne d'Allègre. En 1619 il fut reçu chevalier de l'Ordre de St Jean de Jérusalem et, à ce titre, bien plus tard en 1654, commandeur du Mayet (d'Ecole). Entre autres péripéties de sa vie : lors d'une traversée en Méditerranée, en 1628, des corsaires le prirent et l'emmenèrent, comme otage à Tunis. Pour payer sa rançon et le faire libérer, ses frères et sœurs se cotisèrent à hauteur de 6540 livres.
** Eydieu aux registres paroissiaux de Loubeyrat
*** Basse-cour dans le sens de : cour au bas (au pied) du château
**** Poinçon ou poinsson : tonneau d'environ 250 litres
***** Petit vin ou piquette : boisson légèrement aigre obtenue par un second pressurage de la vendange plus ou moins allongée d’eau.