Erreur

Erreur à l’état civil de Lalizolle …

Roger MALAPAIRE

LES CHERCHEURS bénévoles du Pays de Lisolle font des découvertes inimaginables ! En fouillant dans les archives de la commune de Lalizolle, notre ami Gérard RENOUX a découvert à sa grande surprise qu’une jeune fille de la commune du prénom de Marie- Gilberte avait été déclarée en mairie de Lalizolle du sexe masculin, sous le prénom de Gilbert.

D’après vous, cela se passait où ? A Chalouze ? Non ! Aux Fougères ? Non plus ! Au bourg de Lalizolle ? Toujours pas !
Vous avez deviné ! A Boënat pardi ! Quand je vous dis que les gens de Boënat dans l’ancien temps étaient aussi farceurs que ceux de Charroux. Me croirez-vous maintenant ? L’on parle toujours des tours des Charlois, jamais des tours des Boënassous. Heureusement, grâce au patois (1), je suis là pour corriger cette lacune.

Les parents de cette jeune fille habitaient la Croix des Bois où le père était sabotier (2). Imaginons le papa, allant déclarer la naissance de son enfant. A pied bien sûr, en mairie de Lalizolle. Il a dû commencer de fêter l’heureux événement à la Croix des Bois chez son voisin le père JOUHET, une chopine ! Autant au café DUJON-MALAPAIRE. Après, arrêt à Boënat chez la « Juliette du Paul », troisième chopine. Chez l’Alphonse Barrique, quatrième chopine minimum ! Bien rare que l’Alphonse n’ait pas payé la sienne. Chez la Gabrielle EMELIN, retrinque avec le Bonnet, le mari de la Gabrielle. Arrêt aussi chez la Félicie ROUMY, c’est à côté. Résultat, chopines plus chopines et sur chopines. Il n’en était plus à les compter. « Attends, attends, entre chez la Juliette et l’Alphonse, il y a le café de la Pégane ». Il n’est pas passé devant sans s’arrêter ! Hé bien, elle lui en aurait voulu ! Et à moi aussi ! De l’avoir oubliée !

Entre Boënat et Lalizolle, il n’y a plus de bistrot.
Mais va savoir s’il n’a pas fait d’autres arrêts en cours de route !
Après avoir visité tous les cafés du bourg, le voilà qui arrive devant le secrétaire de mairie, rond comme une queue de pelle.
« Bonjour m’sieur le curé qu’il dit !
- Non, monsieur le curé c’est à l’église, ici c’est la mairie, moi je suis le secrétaire, que me veux-tu ?
- J’sais pas ! Ah oui, je viens pour déclarer la naissance de mon fils, Gilbert, qu’il s’appelle, il est né cette nuit ! »
Voilà comment mademoiselle Marie-Gilberte devint le garçon Gilbert à l’état civil. A cause d’une cuite unpeu trop exagérée de son papa.
Devant le secrétariat de la mairie, il s’aperçoit qu’il a des difficultés pour tenir debout. Il balance de l’avant à l’arrière, de l’arrière à l’avant. De gauche à droite, de droite à gauche et sans bouger de place. Tout seul il se fâche : quel peut bien être ce fichu sabotier qui lui a fait une telle paire de sabots, ronds dessous, des sabots pas plans ! Ce roulis et ce tangage indésirables qui lui donnent envie de vomir. « Ah ! si je le tenais celui-là ! »
Les sabots n’y étaient pour rien, c’est lui qui les avait conçus et il était bon sabotier. Mais ces sacrées chopines certainement pesaient.
Comme tous les bons artisans pendant leur ouvrage, il lui arrive à lui aussi, en creusant ses sabots, de fredonner quelques chansons.

 Après cette mémorable histoire, voici ce qu’il chantait :
A la naissance de Gilberte, avec mes sabots
A la naissance de Gilberte, avec mes sabots
A la naissance de Gilberte, avec mes sabots de hêtre,
Ho ho ho, avec mes sabots
J’ai passé par Boënat avec mes sabots
J’ai passé par Boënat avec mes sabots
J’ai passé par Boënat avec mes sabots de hêtre,
Ho ho ho, avec mes sabots
J’ai suivi tous les bistrots avec mes sabots
J’ai suivi tous les bistrots avec mes sabots
J’ai suivi tous les bistrots avec mes sabots de hêtre
Ho ho ho, avec mes sabots
J’étais rond comm’une queue d’pelle avec mes sabots
J’étais rond comm’une queue d’pelle avec mes sabots
J’étais rond comm’une queue d’pelle avec mes sabots de hêtre
Ho ho ho, avec mes sabots
(Chansonnette retrouvée grâce à la mémoire de l’auteur)

 Voici deux extraits du jugement rendu par le tribunal civil de GANNAT, le 27 octobre 1910 destiné à rectifier l’erreur de l’état civil. Notons que l’erreur avait déjà été reconnue par les autorités militaires, puisqu’il est dit dans les attendus que la demoiselle avait été dispensée de « tirer au sort ».
A l’époque du jugement, la jeune fille est couturière à PARIS.
Elle vivra très longtemps puisque, née le 16 janvier 1880 à la Croix des Bois, elle décèdera le 19 août 1976 à BAGNÈ RES -DE-BIGORRE