Desenclavement

Chouvigny sur Sioule.

Le désenclavement — Communications

Irénée BARBARAT

 L'isolement, l’éloignement des points de ravitaillement … Chouvigny doit faire face à de nombreuses difficultés pour en sortir. La commune n’a pas eu la chance de ses voisines, Nades et surtout Lalizolle. Toutes les routes que nous connaissons aujourd’hui y sont mises en chantier sinon achevées par le puissant Morny. A Veauce également le riche baron, maire de la commune, participe au désenclavement, sans réussir complètement cependant. A Chouvigny rien de tel. La commune doit puiser dans ses ressources et demander constamment l’aide du département.

Une route très ancienne –une voie romaine disent certains– dessert le haut de la commune en suivant la ligne de crête entre la Sèpe et la Sioule, d’Ebreuil vers Servant. Morny a fait ouvrir la route de Lalizolle vers ses domaines de Chez Giraudet, de la Petite Lande, de la Grande Lande, de Montauvin. Elle doit se raccorder vers les Prénards à la route Ebreuil-Servant.
Il a également créé un chemin reliant ses fours à chaux et sa fabrique de drains du Mercurol à ses domaines.

Mais un projet nouveau voit le jour vers 1870. Une route va suivre la vallée de la Sioule entre Ebreuil et Menat. Dès 1872, Chouvigny, sur un budget total de 5862 F dépense 1044 F pour l’achat des terrains nécessaires et verse 509 F à Louis Vivier, entrepreneur, pour les premiers travaux. Cette route Ebreuil-Menat avance très lentement avec de longues périodes d’arrêt contre lesquelles Chouvigny proteste en vain. Une contestation surgit. Saint Gal demande que la route suive rigoureusement la Sioule pour arriver au bac, s’éloignant ainsi des hameaux de Chouvigny qui n’accepte pas. La route doit s’éloigner de la rivière, desservir Péraclos, le Breuil, le Soult avant de retrouver la Sioule en face du bourg de Saint-Gal qui pourra facilement s’y raccorder. Le bourg de Chouvigny doit aussi s’ouvrir vers la route projetée.

Pour cela on achète les terrains nécessaires entre le château et le Rondet. En 1874, le budget vicinal proposé par Pailet, agent voyer à Ebreuil, s’élève à 3243 F. En 1876, Chouvigny dépense 4540 F pour la voirie sur un budget total de 4937 F. On le voit, le désenclavement passe avant tout et il n’est pas possible de faire face à d’autres dépenses.

Toujours à la même époque, Chouvigny demande le classement du chemin allant de la route Gannat-Commentry à partir du Mercurol jusqu’à la route des crêtes Ebreuil-Servant –le chemin du Duc de Morny– ainsi que l’appelaient encore de vieilles gens du Mercurol. M. de Feligonde, propriétaire de tous les terrains sur lesquels passe le chemin, donne toute facilité pour lui donner la largeur nécessaire et pour l’empierrer avec des matériaux pris sur les bords.

L’idée est de poursuivre ce chemin jusqu’à la Sioule. On rectifie le chemin entre le Bateau (le bac ?) et la route des crêtes. On déclasse l’ancien chemin au profit d’un tracé nouveau des crêtes vers la côte des Puys.

On va ensuite des Puys au Poiteau. Mais en 1879, l’étude du tracé de ce chemin n’est toujours pas réalisée malgré l’accord de M. de Féligonde. Il faut se contenter de l’ancienne voie qui franchit la Sèpe sur un pont de bois à réparer chaque année. Ne serait-il pas plus sage d’établir un pont en pierre en partageant les frais avec Ebreuil ? de nos jours on voit encore, paraît-il, des vestiges du vieux pont de bois. Le chemin demandé n’a jamais été réalisé. Seuls les randonneurs, les chasseurs et les ramasseurs de champignons s’aventurent dans ces coins.

Chouvigny songe aussi à se raccorder à la voie ferrée Montluçon-Gannat. On sait que Morny a fait échouer le projet de la ligne passant par Ebreuil, Chouvigny, Servant, Lapeyrouse. La gare la plus proche est celle de Bellenaves. Une route est en projet entre Lalizolle et cette gare avec embranchement vers Veauce.

Chouvigny appuie fermement ce projet conçu par le baron de Veauce, mais qui n’aboutira point. Un pont a bien été construit sur la Veauce. Une route va de Veauce à ce pont ; mais c’est tout.

En 1882, les hameaux du haut de la commune sont très mal desservis. Le chemin allant de chez Giraudet au Tillot en passant par le Mery et le Barthenoux est dans un état déplorable. Il faudrait l’améliorer en suivant autant que possible l’ancien chemin et cela avant que certains propriétaires ne construisent des murs en bordure, ce qui rendrait les rectifications très difficiles.

 

La route Ebreuil-Menat n’avance que très lentement.
Chouvigny achète pour 1222 F des terrains entre la limite d’Ebreuil et le chemin du Bateau au Poiteau.
Une nouvelle étape est entreprise à la fin de 1883. 3717 mètres de route jusqu’au Moulin de Chouvigny.
Le conseil municipal veille aux aménagements nécessaires. Il faut de nombreux aqueducs pour évacuer les eaux venant des côtes, notamment aux Chambons au Rodet au moulin de Chouvigny. Il faut relier la route à la Sioule par une rampe permettant le passage de la rivière à gué pour les habitants ayant les propriétés sur la rive droite. En mars 1884, l’administration évalue à 16870 F la part de la commune pour la poursuite des travaux. On emprunte donc la somme nécessaire. Le chemin du Tillot a été étudié. 9200 F. sont prévus pour sa réalisation, mais il ne faut compter sur aucune subvention ni en 1875, ni en 1877.
Par six voix contre cinq, le conseil décide de commencer tout de même les travaux avec les 2458 F.qu’il a prévus pour cela.

Le tracé Ebreuil-Menat nécessite la destruction d’immeubles appartenant à Michel LABBE. La commune doit les acheter. Mais sans doute pour provoquer la reprise des travaux, le conseil décide de n’acheter les immeubles que lorsque la route arrivera à proximité ! Protestation de l’ingénieur … Les travaux ne pourront reprendre qu’après la destruction des immeubles ! « Passez à côté » répond le conseil. Qui cèdera le premier ? En fait les maisons de Michel Labbe et de Henri Pétard seront épargnées. Mais comme elles rendent la circulation très dangereuse, on finira par les détruire beaucoup plus tard