Au fil des ans

Chouvigny/Sioule (suite) … au fil des ans

Irénée BARBARAT

Le registre de paroisse, c’est bien normal, évoque surtout les événements religieux, mais on y glane également un peu de la vie du village. On est frappé de constater le souci qu’avaient les gens de faire baptiser leurs enfants dès la naissance, le jour même très souvent.

Quand le prêtre était absent, on se rendait en hâte à la paroisse voisine, de Pouzol, de Saint-Gal, de Servant, à Chouvigny et inversement. Peut-être que l’importante mortalité enfantine était la cause de cette précipitation
Exemple : en 1754, en l’absence du vicaire de Saint-Gal, a été baptisée à Chouvigny Marie MASSEBEUF fille légitime de François et de Marie SARASSAT. Le parrain a été messire Louis de CHAUVIGNY du BLOT seigneur du VIVIER.

Les noms que l’on retrouve le plus fréquemment dans les actes sont : MÉRITEL, FLEURDÉPINE, DUMONT, BOILOT, CHABRAL, VIVIER, MASSEBOEUF, PROPHÈTE, GIRAUDET, CANTHE, JAMES, MARTIN, MARGERIDON, CHAPUZET, LEVET, BERTHON, GIDEL, DURANTEL, VILATTE, etc. Beaucoup existent encore.

En septembre 1791, Antoine CANTHE est maire de Chouvigny, Antoine PÉTARD et Martin MOSNIER officiers municipaux, François DURANTEL, LACOUTIÈRE, SOULIAT, MÉRITEL, notables ; Antoine BENAY procureur syndic. Le 6 pluviose an II, ce dernier ne sachant ni lire ni écrire, cède sa place à François DURANTEL qui devient par la suite agent national.

Le curé GIRAUDON prend son poste le 3 novembre 1791. À partir du 27 novembre, il s’intitule « membre du conseil général de la commune de Chouvigny élu pour rédiger à la maison commune les actes destinés à constater les naissances, décès et mariages des citoyensdomiciliés dans la dicte municipalité de Chouvigny.»  Par la suite, jusqu’à l’an V de la République, les actes sont signés par Michel BENEY agent municipal.

En voici un exemple :
« Aujourd’huit 3 brumaire, l’an 3ème de la restpublique françoise une, indivisible, démocratique, impérissable ; à 0 H du matin par devant moy Michel BENEY, membre du conseil général de la commune de Chouvigny ; est comparu en la salle de la maison commune de Chouvigny, distrique de Gannat, département de l’Allier, élu par délibération le 18 novembre 1792, vieux seittil, pour dresse les actes destine à constaté les naissances mariage et décée des citoyens de la commune de Chouvigny ; est comparu en la salle de la maison commune Gilbert Dumont, Lesquelles, assisté de Pierre La coutière cittoyens agé de quarante quatre ans de l’état de cultivateur du lieux de la Landre de la commune de Chouvigny et de Jean Beney, cittoyens agé de vingt sept ans au lieux de la Landre aussy, de l’état de cultivateur de la dite commune de Chouvigny, ont déclaré que Marie Citerne son épouse en légitime mariage s’est accoché ce matin d’un enfant femelle quille ma présenté et auquel il a donné le prenomt de Marie Dumont. »

Tous ces vieux registres de Chouvigny portent une estampille officielle et sont paraphés.
l’an mil six cent quatre vingt treize le 2 décembre par nous David Dufour seigneur et baron de Villeneuve lieutenant général en la sénéchaussée et siège présidial de Clermont
En l’an 1709 registre contrôlé par moy commis par le bureau du clergé du diocèse de Clermont
En 1710 Registre des baptêmes paraphé par moy Paul Delarue commis établi à Gannat
En 1786 par Gabriel Morand conseiller du roy en la châtellennie de Chantelle
En 1791 registre coté par Yves Louis Rollat président juge du tribunal du district de Gannat
En l’an V registre paraphé par Grillon président de l’administration municipale du canton d’Ébreuil.
En l’an 9 par Hennequin sous-préfet de Gannat

 À la Révolution, dans toutes les paroisses du canton, sauf à Chouvigny, les curés prêtent serment à la constitution civile du clergé de janvier 1791, si bien qu’on parle de LECLACHE « curé fidèle » et de André LUQUET « curé constitutionnel ».
Les biens de la paroisse sont vendus. Transmis à la monnaie à Paris : un calice et sa pathère, un ciboire, un ostensoir, une custode pesant six marcs 2 onces.
Le 6 février 1792, le pré de la cure, diverses vignes et chenevières, l’emplacement d’une petite maison, vendus à Gilbert CHAPUZET pour 2 900 livres.
Le 25 fructidor an IV, la maison curiale, un jardin et une autre terre d’environ 8 boisselées à Antoine CANTE pour 470 livres.
Le 9 germinal an VII, l’église à Pierre BOHAT notaire pour le compte de Gilbert CHAPUZET pour 31 000 livres, valeur en assignats.

Cependant, tout n’est pas très clair, car on lit ailleurs : « L’église, les terrains adjacents furent achetés en communauté par CHARROT du bourg et JOUANDON de la Grande Lande. L’église servait de grange, on y mettait la paille, le foin, le bois … CHARROT vendit sa part … JOUANDON plus généreux céda la sienne contre une place gratuite à perpétuité pour lui et ses descendants en l’église de Chouvigny. Le presbytère fut racheté par CANTHE le plus riche propriétaire du Gougeat, connu à vingt lieues à la ronde pour son commerce de bois ».
La fureur antireligieuse fit brûler les statues de l’église sauf une de la Vierge, sauvée par des femmes du bas de Chouvigny.

Pendant la révolution, un prêtre « non jureur » se cachait à Mazan : une cabane situéeentre le Tillot et le Mosnoux. Il célébrait la messe dans les granges des maisons amies comme celle,paraît-il, de Jacques BIDET au Mosnoux.
Un autre prêtre se cachait à la Verrerie, propriété des Montlaur sur la commune de Lalizolle. Celui-ci vint plusieurs fois à Chouvigny. Une nuit, il fut mandé à la Petite Lande. La Sèpe était si grosse que l’homme qui l’accompagnait dut le porter sur son dos pour luifaire franchir le ruisseau.

On parle aussi de l’arrestation du curé « non jureur » de Chouvigny. Il fut conduit à Gannat, entre deux « purs » du pays pour y être jugé.

Au bac d’Ébreuil, eut lieu une scène pénible. Le curé versait des larmes, soit fatigue, soit crainte du sort qui l’attendait, soit infirmité. Il hésitait à mettre le pied dans la barque. Alors le citoyen PAULON l’injuria, le frappa, le poussa dans le bateau …

Pendant la tourmente révolutionnaire et même plus tard, le culte fut célébré par CROMARIAS, curé constitutionnel de Saint-Gal : le 14 janvier 1802, Amable CHARDONNET et Marie FAYARD, Mathieu BERTHON et Anne LANCELOT, mariés hier au soir par l’officier public de Chouvigny, ont reçu la bénédiction nuptiale à Saint-Gal.

 Dix-huit jeunes gens du pays partirent aux armées, lors de la levée en masse sans doute. Certains opérèrent en Vendée. Il y eut des déserteurs comme le prouve le décès d’Antoine DURANTON mort à 23 ans à Saint-Martin de Ré, au 4ème dépôt des conscrits réfractaires.

Après l’Empire, la paroisse ne fut desservie que par périodes :
de 1814 à 1816 par l’abbé CONCHON qui résidait aux Guillins, le presbytère appartenant toujours à CANTE,
de 1819 à 1827, par Pierre ROUELLE qui habitait chez CANTE au Gougeat. Il semble avoir marqué son passage car les vieillards vers 1880 évoquaient son souvenir. Gros, d’une force musculaire étonnante, il ne portait pas de soutane, mais une lévite. Il ne craignait pas de célébrer la messe en sabots ! Il possédait un petit domaine et quatre génisses, maniant lui même la charrue très vigoureusement. Doué d’une voix d’une puissance extraordinaire, quand il chantait à l’église, on l’entendait sur l’autre rive de la Sioule au village de la Faye. Une fois, dit-on, il chantait à une procession au village de Pouzol, rive droite, et les habitants des Granges l’ont entendu !
En 1829, la paroisse était desservie par HERMANTIER, curé de Nades. L’hiver fut si rigoureux cette année-là que la Sioule était couverte d’une glace très épaisse. Un homme mort au bac de Saint-Gal fut amené au bas de Chouvigny par la rivière qui servit de route ce jour là.

Vers cette époque, lors d’une visite à ses paroisses, l’évêque de DREUX BRÉZÉ reçut l’hospitalité au château de Chalouze chez le marquis de MONTLAUR. Il vint à cheval à Chouvigny, à travers la campagne, car il n’y avait pas de routes. À son retour, par le moulin Rodet, il s’arrêta pour voir une scierie mécanique assez importante, sans doute l’établissement des frères VIVIER et de RIPPERT dont nous reparlerons.

 Carte

 On nous donne un aperçu de la vie de Chouvigny vers 1850. Il n’y avait pas d’école publique.
M. le curé faisait le maître d’école. Beaucoup de pauvres, cela se comprend. Les familles possédaient un grand nombre d’enfants. Les terres étaient en friches ou fort peu cultivées. Les denrées ne se vendaient que très bon marché. Aussi presque tous les jeunes gens du pays, au printemps, émigraient comme maçons, de préférence vers Lyon et Macon. « Ces maçons qui reviennent à l’entrée de l’hiver affaiblissent beaucoup à leur retour la foi et la moralité. Les cabarets et quelque peu la danse y contribuent »