Chemin du Mas


Le chemin du « Mas »

Michel VIVIER

Récemment nous abordions la sauvegarde des cheminements au Pays de Lisolle en rappelant l’existence de cette voie antique qu’est la Vio dont il ne reste qu’un vestige à sauvegarder.
Nous revenons sur ce sujet en évoquant ici une autre voie qui se cache derrière la désignation banale de « Chemin du Mas ».

« Chemin du mas », une expression familière, comme en tant d’autres lieux, transmise par voie orale de générations en générations, depuis … toujours. Elle souligne par le mot « mas », une forme commune de lieu d’habitation à vocation agricole. L’emploi du mot est courant depuis le XIII ème siècle nous dit le « Larousse de l’ancien français », remontant son origine à l’emploi du latin « mansum », de « manere », demeure. Ainsi l’emploi du mot suggère-t-il l’idée d’occupation continue par un ou des bâtiments mais on peut aussi n’en retenir que l’idée de possession continue de terres, de « tenures », comme on disait alors.
Qui ne connaît pas, dans son propre environnement, un mas, ferme isolée ou hameau en un site dont il faut parfois retrouver l’identité oubliée ? Cette forme d’occupation du terrain remonte souvent à l’origine des temps agricoles.

Pour les habitants de la commune de LALIZOLLE, le « chemin du Mas » est familier.
Dans sa partie basse maintenant goudronnée, c’est presque une rue, son aspect de chemin reprenant au-delà de la propriété de M. NERAT, en direction du bois. Il est particulièrement utilisé par les riverains qui sont actuellement propriétaires ou locataires de possessions agricoles, de dépôts de matériaux de construction et par les habitants dont les résidences bordent son parcours. C’est aussi un accès vers l’école, vers le stade ou le nouveau lotissement. Enfin c’est un cheminement pour les amateurs de promenades vers le « Bois de l’église » ou de la « Coupe-CHALEU ».
C’est au–dessus du Mas qu’il offre, grimpant, un point de vue remarquable sur le petit bourg de Lalizolle niché au creux de ses bois.
Récemment, le chemin a perdu de sa rectitude. A hauteur du stade le parcours bifurque pour contourner le lotissement, reprenant sa voie ancienne perdue devant la propriété de M.NERAT.

Qu’en était-il autrefois ?
Le mas, lieu d’habitation n’a pu être un lieu totalement isolé. Une communication naturelle devait s’établir avec les lieux des autorités dont il dépendait. Il semble donc naturel depenser à une liaison entre le mas et le lieu de culte religieux et d’assemblée paroissiale :l’EGLISE.
De plus, une autre est quasiment sous-entendue avec l’autre autorité, celle du Seigneur maître des lieux et … justicier.

Voici donc notre mas proche d’un chemin qui mène à l’église de la « ville » et proche d’une voie qui mène au siège de la seigneurie dont il dépend, le château. En l’occurrence c’est le château de … ROCHEFORT.
Ces accès n’ont sûrement pas beaucoup changé depuis les temps anciens. Le cheminement reste très apparent sur la carte de l’I.G.N.

Et depuis quand ?
Voici un passage tiré d’un extrait collationné le 3 Septembre 1672 par TOULET, notaire royal, d’un terrier commencé en 1542 appartenant, alors, à Messire Louys DU LIGONDES, Seigneur et Comte du dit lieu de ROCHEFORT
Après les terriers de Challeprat, Charroux, Bègues, les Vigiers, Roynet, Chamboirat, Reghat ou Chambergies, les Bignars, Chateljaloux, la Buse et Gravière, Peraclos, Ebreuil et avant Marsat, Rochefort, Mazerier, Gannat, Arçon, Neuvial, nous relevons la présence de tenures à LIZOLLE dépendant du Seigneur de ROCHEFORT.
Ainsi le MAS VALLOT en la justice de ROCHEFORT et paroisse de LIZOLLE s’étend « tant en terres, bois que prés, sur 20 septerées tenant le bois Giron appartenant au dit Seigneur de Rochefort d’Orient, un chemin commun tendant de Lizolle à Ebreuil de Midi, le marest commun de nuy, le bois de Chalouze du dit Seigneur appelé le bois Giron. »
"Jacques Bouchon est imposé de 2 quartes froment, 8 raz avoine, 6 sols tournois et 1 gelline de cens. Ledit Bouchon sera tenu et a promis bastir et édiffier dans le dict mas une establerye dedans la feste de Toussainct prochainement venant pour y tenur bestial. Item d’y faire bastir une grange dans un an en près la dicte Toussaint ensuivant et plus une maison à feu pour y faire résidance et tout sellon le contenu en l’article et recongnoissance faicte par le feu Michel Bouchon le XI° octobre 1498 et signé : E. Gay. Faict à Lizolle, présence de Jean Laste dicte Dérivier, de la paroisse de Vic et Pierre Barron, de Mercurol, le VIII° septembre 1542 signé Hanequin."

C’est certainement sur l’emplacement de notre actuel mas «Vallot » car les Lalizollois le nomme encore ainsi. Cette dénomination du Mas Vallot est portée pratiquement depuis un demi millénaire !Et ce n’est pas encore l’origine du Mas.

Nouvelle découverte : la lecture d’un terrier du Seigneur de NADES permet d’affirmer que cette possession du Seigneur de Rochefort est antérieure encore.
1430 ! Parmi les tenures sur la paroisse de la Glizolle, nous relevons l’imposition faite à un certain Guilhaume Mosnier alias Valot, pour « une charry au terroir de la Glizolle, tenant le chemin de La GLIZOLLE à Ebreuille et le chemin qui partage la terre de Monseigneur de Rochefort et la terre de Laglizolle, devers orient. » C’est la situation d’une tenure qui jouxte le Mas … VALOT.
On peut imaginer que ce Guilhaume Mosnier pourrait bien être, ainsi, celui qui cultivait en même temps les terres du Seigneur de Rochefort et le champ de Glizolle dans les dépendances de Chouvigny et Nades.
Nous avons certainement là l’origine de l’appellation Mas Vallot.

Pendant des siècles, le chemin dit du Mas Vallot assurera cette fonction de liaison et aussi un rôle de chemin d’exploitation permettant l’accès aux tenures de part et d’autre. Il mènera aussi dans sa partie haute au bois dit de l’EGLISE, une possession importante de l’association des paroissiens qui transparaît derrière les termes Eglise, Fabrique ou Luminaire.
La volonté de conserver son tracé sera fortement marquée par la plantation de châtaigniers qui le baliseront pour longtemps.

Le petit chemin du Mas, bordé de hautes haies qui privaient le regard de la notion de paysage, difficile parce que raviné et traversé de mouillères dans la montée au bois, avait-il encore une âme dans « notre autrefois », celui des années antérieures au grand tournant des années 60 ?

Aux uns et aux autres concernés par cette période charnière de la vie rurale remontent bien des souvenirs encore très précis.