Berceau du foot

Boënat, berceau du foot.

Témoignages d’Henri NÉRAT, André DESMAISON recueillis par Michel VIVIER

SUITE au deuxième article sur ce sujet, nous sommes allés glaner quelques compléments auprès d’Henri NÉRAT et André DESMAISON, et notre tour n’est pas terminé ! D’ailleurs, nous faisons appel à tous ceux qui, de près ou de loin, peuvent apporter un éclairage sur cette révolution que fut la naissance du sport en pleine campagne.

Saison 1936-1937
1936 … l’année des congés payés !
Henri NÉRAT quitte après un bail de six ans son loueur de BELLENAVES.
Pupille de la nation, il a droit aux congés payés. Il se louera chez Bonnet BARREL à Paracot, ce qui le rapproche de Jean CITERNE le « Lizollois » footballeur à Boënat. Or Jean CITERNE et Henri NÉRAT ont sympathisé à l’école à BELLENAVES. Jean CITERNE, à l’école à BELLENAVES, était en pension chez BUVAT le menuisier. Il rencontrait souvent sur la route Henri NÉRAT conduisant les attelages et savait que « l’Henri » avait contracté le virus du foot avec le club local.

Jean CITERNE jouera sans effort son rôle de recruteur et attirera Henri NÉRAT vers le F.C. BOËNAT. Albert SUCHET qui arrêtait le foot cèdera ses chaussures au jeune Henri qui entrera rapidement dans l’équipe.
Quelquefois, à la Tauille de LALIZOLLE, quelques joueurs se retrouveront sous la direction de Paul RAY. On apprenait surtout sur le tas, lors des matches joués derrière chez H. TOURRET.
Quant aux vestiaires, ils n’existaient pas.
« On se déshabillait chez COLAS, notre café. Le Président TOURRET, généreux, nous y offrait souvent le casse-croûte et veillait à tout débordement !

1938


L’impatient André DESMAISON peut enfin rejoindre « la cour des grands ». L’autorisation des parents a dû être obtenue du bout des lèvres du père Auguste (datée du 24 novembre 1938).



Certes Raymond fait figure d’ancien à côté du jeune André qui, à 15 ans, a enfin l’autorisation de jouer.

Comme la plupart des jeunes d’alors, André a vite été sensibilisé au jeu de ballon … en fréquentant l’école.
Écoutons le ! « À chaque récréation, le maître d’école –Monsieur RAY– sortait le ballon. Il répartissait les garçons en équipes de six et on jouait dans la cour. Assis sur les marches de la porte d’entrée de l’école, le maître dirigeait le jeu, conseillait les joueurs pour notre plus grand plaisir ! »
À sa sortie de l’école à 13 ans, André fait tout pour rejoindre le foot.
Il se fait discret pour s’échapper de la maison le dimanche. Le balluchon toujours prêt est souvent jeté dans le car SOUILHAT qui passe sur sa route, vers Boënat … à moins qu’il faille enfourcher le vélo.
Mais la vieille grand-mère veille …
« L’en qu’te vas ? Voué tin pa ! Te t’fra cassa la jamba … »
Il est vrai qu’à cette époque un accident de sport pouvait avoir de réelles mauvaises conséquences … Pas d’indemnisation pour blessure ! Pas de recours comme le montre ce document.
André DESMAISON poursuit : « On jouait dans le champ au JACOT, derrière chez H. TOURRET, un champ en pente … Il fallait bien faire avec !

La technique n’était pas notre fort ! Il y avait ceux qui tapaient du « pointu », ceux qui « fauchaient », ceux qui étaient durs sur l’homme comme je l’étais moi-même, toujours réfréné par monsieur RAY qui ne voulait aucun mauvais geste, aucune dispute. »
Et de sortir quelques vieilles photos, gardées fidèlement dans le portefeuille, au plus près du coeur, témoins de jeunesse et d’amitié.
André DESMAISON poursuit : « tu comprends, comme j’étais un peu … provocateur, monsieur RAY tenait à me voir près de lui pour me discipliner … » 

VOILA qu’à plus de soixante ans, ils courent encore « après le ballon … Quelle époque ! » a-t-on pu lire dans un reportage ayant pour titre « Les vétérans trouvent l’herbe toujours aussi tendre » de la Montagne du 17 février 2004.
Il est bien vrai que les exemples de ces passionnés du ballon rond qui n’ont pas « dételé » ne sont pas rares.
On en connaît pratiquement un par club de football.
Ces chanceux à la belle santé ont été forgés au sport à l’après-guerre, d’abord dans les écoles –quand le maître était lui-même un « mordu de foot »– puis dans leur(s) club(s). Au sein de ces derniers ils ont suivi l’évolution des structures du football. Ils ont bénéficié des méthodes nouvelles d’entraînement ; ils ont eu accès aux nouveaux équipements individuels : (chaussures, protège-tibia … et terrains plans, horizontaux, pelouse véritable (dans le domaine des surfaces de jeu). Un rêve réalisé.

Ils ont signé leur première licence de vétéran à 36 ans … Dans les années 80, ils ont commencé à se rassembler dans les équipes « d’anciens », à consulter le kinésithérapeute –voire l’ostéopathe– sauveteur , celui qui « fait durer ».
Pour eux qui avaient connu –et ils s’en souviennent !– d’autres conditions pour « jouer au foot » dans leur prime jeunesse : les chaussures « carcan » à bout dur, les ballons à lacets, ces « cuirs » si lourds par terrains détrempés ou par temps de pluie, les taupinières à éviter, les terrains en pente, les sols gorgés d’eau … Quels changements !

Cependant avec leurs aînés, ils ont de commun le souvenir très vif de cette rencontre à nulle autre pareille : le match contre les vétérans ! Souvent, cette rencontre, il l’ont perçue par les deux rôles à y tenir.
Jeunes, avec l’équipe fanion ils se sont confrontés aux vétérans. Vétérans à leur tour, ils ont tenté de s’opposer aux jeunes du temps nouveau. Ils retrouvaient alors avec émotion les vestiaires familiers – leurs vestiaires !– Là, à l’abri des regards curieux, on protège les vieilles articulations. La bande « velpeau » voisine avec la nouveauté, « l’élastoplaste » … Un mélange d’odeurs fortes à base d’huile camphrée, de crème ou des pommades célèbres telles que « Dolpic » ou « Algipan » régnait dans le vestiaire, ramenant la jeunesse dans les esprits si ce n’était pas dans les jambes.

Sur la pelouse, point de cadeau !
« Cours mon lapin, si tu veux le ballon …
– Attends un peu gamin, tu vas voir comment on se débrouille avec le métier … »
Aussi faire entendre aux uns qu’il faut « ménager le vieux » et aux autres qu’il ne faut pas « se prendre au sérieux » … devenait impossible. Le public, chaleureux, devant lequel on ne « baissait pas la culotte » accompagnait ces oppositions si naturelles.

 Autres temps, autres moeurs ?

Témoignage d’Albert SUCHET recueilli par Michel VIVIER

PAS vraiment si l’on en croit les acteurs d’un temps révolu, les pionniers du développement du foot local, avec le F.B.C.L. Eux ont connu les débuts du football dès les premières années 30. Leurs matches, en vétérans, ou contre les vétérans, ils s’en souviennent encore.
Ils ont été sensibilisés au football dans la cour de récréation … avec le maître Paul RAY qui participe activement et qu’ils suivent dans l’avènement du sport local. Cette cour si petite, mais que l’on trouve grande, est le cadre des rituels petits matches. Il arrive que le ballon s’en échappe ou pis, qu’il s’abatte sur les vitres des fenêtres des classes … Carreau cassé.
On fait appel à Simon GIRAUDET dit « Roda » qui répare pour 7 F. Lourd débit pour le maladroit qui doit s’exécuter avant que la coopérative n’existe !

Pour jouer en équipe avec le club, le dimanche, on n’hésite pas à faire des prouesses. Ainsi Albert SUCHET se rappelle encore ce dimanche où terminant le travail de la semaine à midi à LOUROUX, il enfourche la bicyclette pour rejoindre BOËNAT. Il arrive juste à temps pour embarquer, avec un morceau de pain attrapé au passage à la maison, dans la « sauterelle », le fameux camion qui joue au car de ramassage, bienveillant véhicule sauf dans les côtes !

Quant au match contre les vétérans … C’est une autre histoire.
Le public nombreux est en place de bonne heure car pour rien au monde on ne veut manquer l’événement.
À Boënat, pour ces occasions, il n’est pas rare de rassembler trois cents spectateurs répartis autour des « lignes de touches ». Le spectacle est garanti pour cette véritable fête qui rassemble jeunes et vieux, voisins et voisines.
Il est surtout l’oeuvre des vétérans.
Les équipements ne sont pas suffisamment nombreux pour être répartis auprès des deux équipes. L’équipe fanion porte le désormais traditionnel équipement du F.B.C.L. : maillot blanc, short bleu, chaussettes bleues autant que possible. L’équipe des vétérans fait … comme elle peut !
Et pour peu qu’il y ait quelques drôles parmi eux, on se régale à voir les « déguisements » qui font appel aux vêtements anciens, culottes de grand-mères, caleçons de grand-pères, coiffures insolites et chaussures .... d'occasion ! 

Le club récemment formé ne peut rassembler un nombre suffisant d’anciens joueurs. On fait appel aux amateurs : c’est donc une équipe très mixte qui rassemble les vétérans.
La maladresse des uns est tournée en geste comique et le public apprécie bruyamment, le coeur avec les vétérans, applaudissant la « débrouillardise » de ceux qui ont perdu leurs jambes de vingt ans.
La lecture des documents suivants illustre un de ces moments inoubliables, en un temps où les distractions étaient rares.
Trois cent spectateurs … de quoi faire rêver encore aujourd’hui !

Certains d’entre eux entendent encore les éclats de cette foule vivante et réagissante. Le fameux but réussi, ou imaginaire, ponctué du mugissant « Il y est ! », souvent entonné en patois : « O l’é-z-aye ! »
Les commentaires d’après match, autour du vin chaud, consacraient l’événement pour longtemps … Ce témoignage en est une preuve !