Tribunal de l'officialite

Au tribunal de l'officialité

(Communication de Michel ROUMY)

C'était sous l’ancien Régime, la juridiction ecclésiastique attachée à chaque Évêché dont l'une des attributions était de veiller à la régularité et validité des épousailles.
Que de suppliques, de réclamations et dénonciations, que de situations ordinaires ou savoureuses pour ceux qui tenaient à se marier et ceux qui ne le voulaient pas ou plus. Suivant les cas une enquête s'avérait nécessaire et le tribunal dépêchait un enquêteur qui sur son procès-verbal couchait des noms, des professions, des âges et parfois des généalogies.

Un cas parmi d’autres, en 1684, le bon vieux curé de Nades, Antoine Grand a béni les fiançailles de son neveu Mathieu Chabroullet et voilà qu’un autre de ses neveux, Claude Grand, curé d’Espinasse, argue d’un quatrième degré de parenté entre les futurs et les menace des foudres de Rome.
Une demande de dispense coûtera beaucoup d'argent, adieu mariage, et bonne âme, il s’entremet auprès Tribunal de l'Officialité pour en demander l'annulation : « Monsieur l’Official ou votre Vice gérant au Diocèse de Clermont, le Siège Épiscopal vacant, Supplie humblement Mathieu Chabrolet, fils à Marien de la paroisse de Nades et Gilberte Batisse veuve de Patrocle Champneyx (*), du village et paroisse de Servant, disant qu’ayant contracté mariage ensemble puis quelque temps ensuite reçue la bénédiction des fiançailles et fait faire les annonces par messire Antoine Grand prêtre et curé de la paroisse de Nades dans l’intention d’accomplir icelui en face notre mère Sainte Église, néanmoins et depuis ce temps ayant conçu d’autres sentiments par la nouvelle et l’avis qu’ils ont eu d’une affinité qui est entre-eux au quatrième degré provenant d’un légitime mariage, pour éviter la dépense qu’il faudrait pour se pourvoir en cour de Rome à laquelle ils n’ont pas le moyen de subvenir, ils ont été conseillés ne se pouvant pourvoir ailleurs de demander la dissolution de leurs fiançailles ce pour éviter toutes sortes de dépenses de profiter de l’occasion de messire Claude Grand qui est venu en cette ville et lui avons donné la présente requête à cette fin, comme ayant aussi reçu ordre par ledit sieur Grand son oncle. Ce considéré, Monseigneur il vous plaise de dissoudre les promesses de mariage passées entre les parties. Ce faisant leur promettre de pouvoir se marier ailleurs ou bon leur semblera les solennités de l’Église bien et dûment observées … Signé Grand Curé d’Espinasse »
Jointe au dossier du Tribunal, une lettre intéressante du curé de Nades à son neveu le curé d'Espinasse.
Il fait amende honorable d'avoir été vite en besogne, il faut l'excuser, il se dit « caduque et enrhumé, mais il n'a pas perdu le goût du bon vin ». Il adjure son neveu de s'employer à obtenir l'abolition des fiançailles, lui qui connaît bien le Supérieur des R.P. Carmes de Riom.
Pour ses frais de voyage Chabroullet lui fait passer 3 livres par le sieur Charrière.
Pour moi, le futur ne voulait plus du mariage et le quatrième degré de parenté n'a été qu'un prétexte de désengagement.

Autre procédure concernant la contrée: nous sommes en 1687, Claude Rouher, le notaire royal bien connu de nos ancêtres -il résidait à Sussat- est mort et enterré. Sa veuve Gilberte Oullier va convoler en seconde noce avec Raymond Dubosquet qui n'est autre que le précepteur de ses enfants.
A la publication des bans, sa belle-mère Geneviève Deschambaud s'y oppose alléguant que le sieur Dubosquet est un étranger d'une famille sans qualité (de gens de peu).
Le tribunal de l'Officialité envoie un enquêteur, Claude Burin bachelier en théologie assisté d'un greffier : « Enquis de son nom, surnom, qualité et demeure ? A répondu s'appeler Oullier Gilberte, fille de feu Pierre, âgée d'entour 38 ans, originaire d'Ébreuil et faisant résidence à Sussat depuis 18 ans pour s'être marié à Claude Rouher notaire royal.
Enquis si elle connaît le sieur Dubosquet, sa qualité, son origine ? A répondu le connaître depuis trois ans et demi, qu'il a demeuré à son service en qualité de précepteur de ses enfants sur la recommandation du sieur Conchon procureur d'office à Ébreuil, qu'elle s'était informé de sa qualité par un envoyé à Saint Sulpice de Lizat, ville de l'Évêché de Rieux dont il était originaire, qu'elle avait appris par les attestations qui lui ont été adressées que ledit Dubosquet était le fils de François et de Marie Degonières.
Enquis si ledit Dubosquet et la répondante ont demeuré ensemble, ont eu des fréquentations familières, des commerces charnels sous la promesse respective de se marier ? A reconnu comme véritable qu'après les privautés et familiarités qu'elle eut avec ledit Dubosquet elle a écouté les propos de mariage et la bonne foi de ses promesses. Elle a souffert que Dubosquet l'ai connu charnellement dont elle serait devenue enceinte après un an et demi ou entour du commerce qu'ils ont eu ensemble.
Enquis si dans le temps ou elle apprit sa grossesse, elle ne s'adressa pas au juge des lieux pour demander en justice la réparation de son honneur et une provision raisonnable … A répondu que le juge des lieux avait condamné ledit Dubosquet à l'épouser, attendu qu'elle était devenue grosse de son fait … ».

Nous apprenons que le jeune Raymond, fougueux gascon de 28 ans, avait goûté un peu du cachot pour son manque d'empressement à tenir ses promesses de mariage et maintenant qu'il s'y résout, voilà que la mère du défunt premier mari crée des chicanes sous le prétexte qu'il ne serait pas d'assez bonne famille. Comme dans les comédies de cette époque tout finira par s'arranger, le futur dévoilant aux enquêteurs la véritable nature de ses origines, faisant savoir certificats en mains « qu'il était issu d'une famille considérable, son défunt père était Conseiller du Roy au Présidial de Pamiers ».
Nos anciens qui tous à un moment ou un autre de leur existence, souvent intimidés et dans leurs petits sabots, avaient eu à faire au notaire Claude Rouher, qui officia de 1666 à 1684, durent suivre et commenter d'abondance, malice aux lèvres, les péripéties de cette affaire. Aujourd'hui comme hier c'est tellement agréable de s'amuser aux dépens des puissants, et comme ils n'en avaient pas l'occasion chaque jour ; je crois que cette fois, ils en profitèrent à satiété.