45-46 foret des Colettes

1940 / 1946 en forêt des Colettes (Henri PLANE)


     De nombreux lecteurs du « Quérail » ont bien
connu Henri PLANE qui fut employé de l’Administration des Eaux et Forêts, devenue depuis l’Office National des Forêts (O.N.F.). Il résida à Boënat de 1940 à 1946. Son épouse, Raymonde BESSON, qui fit carrière dans les Postes, est bien connue également, car elle est native de Boënat.
    
A la demande de Roger MALAPAIRE, Henri PLANE a accepté avec enthousiasme de nous confier des souvenirs d’une période marquante de notre « Pays de Lisolle ».
    
Nous tenons ici, à remercier Madame et Monsieur PLANE pour la qualité de leur témoignage ainsi que pour la gentillesse dont ils ont fait preuve en nous recevant.

     Le service militaire ayant été mis en sommeil après la débâcle de 1940, les militaires de l’arrière de l’époque, non prisonniers, furent placés en congé d’armistice, ceux du contingent renvoyés dans leur foyer.
     L
es autorités du moment, tenant cependant à conserver une certaine main-mise sur les « 20 ans » de l’époque créèrent dans la zone dite « libre » un mouvement appelé « Chantiers de Jeunesse » fonctionnant un peu comme celui de l’armée, mais affecté à des tâches d’intérêt national.
     Notre région, particulièrement boisée, en fut dotée. Le « Groupement » (État-Major) siégeait à Montmarault, les rassemblements de terrains, « Groupes » étant eux répartis sur le pourtour de la Forêt des Colettes : à Lalizolle-Boënat (Les Percières), Coutansouze (Les Fayes et Villard), Veauce (Pré-Cabane) et Louroux-de- Bouble.
     A l’époque, tout était rationné et à portion congrue, notamment, pour ce qui nous concerne, le chauffage et l’attribution d’hydrocarbures. Y pallier, dans la mesure du possible, était l’objectif recherché.
      L’exploitation forestière, sous la conduite des agents des Eaux et Forêts locaux fut donc le lot quotidien de ces « Jeunes » (1).
      Les arbres débités étaient conditionnés soit en grumes cédées aux scieurs locaux, soit en bois de mine attribué à la mine de Saint-Éloy, soit encore écorcés pour la production d’écorce à tan (2) et mis en bois de feu dont la destination prioritaire était la boulangerie. Mais une petite partie de ce bois de feu fut aussi conditionné à la Croix des Bois en carburants de remplacement dits carburants solides.
     En charbon de bois : Un dépôt de bois était stocké à proximité d’une trentaine de fours métalliques fonctionnant 6 jours sur 7. La carbonisation durait 14 heures en moyenne, le refroidissement 48 heures. Huit à dix ouvriers locaux y travaillaient. Ce charbon était ensuite tamisé, au début manuellement, après mécaniquement, et mis en sacs de 25 kg par quatre employés de la région.
      En bois de gazogène : (3) Le bois, sec également, scié à  
 à des normes éprouvées (6 cm de longueur, refendu à 4 cm de côté) mobilisait 4 à 5 personnes (hommes et femmes).
      Charbon de bois et bois de gazogène étaient entreposés sous deux hangars distincts pour être ensuite attribués aux transporteurs agréés détenteurs de véhicules adaptés.
     Il est bien évident que tous ces produits et sous-produits de la forêt n’étaient cédés aux ayantdroit que contre remise des bons d’approvisionnement correspondants (4).
     Parallèlement aux « Chantiers de Jeunesse », une dizaine de garçons des classes 40, 41 et 42, réfractaires au S.T.O. furent reclassés en travaillant en forêt. Cette mesure leur permit de récupérer leurs cartes d’alimentation, de travail et de vivre au grand jour. Ils étaient logés en baraquement à la Croix des Bois. Une cantine fonctionnait à leur intention (5).
     Dès 1944, les jeunes des « Chantiers de Jeunesse » prirent l’initiative les uns après les autres de s’auto-dissoudre, les 20 ans de l’époque rejoignant qui leur famille, qui la clandestinité. Juste retour des choses, ce sont des prisonniers allemands (25 en moyenne) encadrés par d’exprisonniers français qui prirent possession, à leur tour en 1945- 1946, du camp des Percières (6) et travaillèrent en forêt.
     Tout redevint enfin normal avec les professionnels du bois, et la forêt des Colettes, malgré les guerres et les tempêtes, est toujours belle, toujours source d’énergie, son action s’exercera toujours sur le climat, le sol, les ressources en eau. Elle est de plus en plus un cadre d’accueil et tout cela est extrêmement réconfortant.

(1) Les membres des « Chantiers de Jeunesse » étaient nommés les « Jeunes » par les habitants.
(2) « L’écorce à tan » était destinée au tannage des peaux selon un procédé très ancien. On utilise les chênes dans les taillis de 25 à 30 ans au printemps, lors de la montée de la sève qui facilite l’écorçage. En 1941, deux chantiers d’écorces à tan existaient à Lourouxde- Bouble. La très importante tannerie SOREL de Moulins qui fonctionnait au tan pouvait être cliente, tout comme certaines tanneries de Haute-Vienne.
(3) « Les gazogènes sont des appareils destinés à fournir les gaz combustibles nécessaires à la marche des moteurs, au chauffage des fours, etc. Ils produisent une combustion incomplète ou une dissociation ou une distillation d’un combustible solide : houille, coke, bois, tourbe, déchets, etc … Depuis quelques années, on fabrique des gazogènes pour alimenter directement les moteurs d’automobiles. Pour ne pas encrasser le moteur, ces gaz passent au préalable dans des épurateurs. Ces gazogènes marchent au bois, au charbon de bois ou avec des agglomérés de charbon, de bois et de brai. » (d’après le Larousse encyclopédique édition 1940) Nous avons pu avoir des renseignements complémentaires sur les véhicules à gazogènes de cette époque par monsieur Paul RAYMOND qui exploitait une scierie à MARCILLAT-EN-COMBRAILLE et qui utilisait de tels véhicules.
      Il nous a d’abord indiqué la dangerosité de ces engins qui, produisant du monoxyde de carbone, gaz sans odeur mais très rapidement mortel, ont été la cause de nombreux accidents. Il se rappelle le long temps de préparation et de mise en route, la délicatesse des réglages du mélange air-gaz suivant le temps, par exemple en cas de brouillard ainsi que le manque de puissance et de nervosité des véhicules avec lesquels, en rétrogradant dans une côte, il valait mieux ne pas rater une vitesse sous peine de repartir à l’arrêt.
    Les gazogènes à bois produisaient des gaz plus riches mais qui contenaient plus d’impuretés et de ce fait devaient avoir un filtre important (voir schéma). Il étaient plus lourds et réservés aux camions. Les modèles à charbon de bois eux, produisaient presque uniquement du monoxyde de carbone qui nécessitait moins de filtrage. Ils étaient plus légers et utilisés pour les voitures et les camions les plus petits.
     Pour passer de l’alimentation d’un moteur à essence à une alimentation à « gaz pauvre » comme on appelle celui fourni par un gazogène, il était nécessaire d’augmenter la pression dans les cylindres. Ceci s’obtenait soit par rabotage de la culasse, soit par l’adaptation de pistons bombés.
     Pendant la guerre, l’entreprise CONTAMINE, garagiste à Marcillat-en-Combraille, fabriquait des gazogènes et employait une vingtaine d’ouvriers. A noter que les appareils étaient fabriqués en totalité à partir de la tôle comme matière première.
(4) A compter de septembre 1944, un tonnage important de charbon de bois et de bois de gazogène fut livré, sur bons de réquisition, à la section des transports des F.F.I. de Saint-Éloy-les-Mines.
(5) La cantinière était Antonine TOURRET des Ronzières, épouse ANDRIEUX, dite « La Tonine ».
(6) La dernière utilisation collective du camp des Percières, avant d’être vendu à un agriculteur voisin, fut d’être colonie de vacances d’enfants d’écoles laïques de Montluçon.