Les charbonniers

Poussière noire, poussière blanche …

                                                                           (Propos recueillis par Janine BOUCHERET auprès de Denise ÉCHÉGUT)

     Nombreux sont les anciens élèves des écoles de la commune de LALIZOLLE qui connaissent Denise ÉCHÉGUT de BOËNAT.
      Responsable de l’entretien de l’école de Boënat dès le début des années 50 jusqu’en 1982, année de la fermeture, elle a continué cette activité à l’école de Lalizolle jusqu’en 1992, date à laquelle elle a pris une retraite bien méritée et a été fêtée comme il se devait. Elle a vu se succéder des générations d’écolières et d’écoliers et, grâce à sa mémoire fidèle, elle apporte à l’A.P.L. son précieux concours pour identifier les frimousses des bambins que l’on peine à identifier sur les photos de classe.
      Mais sa première activité professionnelle n’avait rien à voir avec la craie blanche des salles de classe … Nous remercions Denise ÉCHÉGUT d’avoir bien voulu évoquer des souvenirs précis de son travail en FORÊT DES COLETTES.


     En 1941, à l’âge de 17 ans, mon frère, Ernest Echégut, était parti « travailler au charbon de bois », comme on disait alors. Il travaillait avec les bûcherons dans la forêt des Colettes et aux fours à la Croix des Bois, au-dessous du restaurant Jouhet, en direction de Bellenaves.
     Les hommes étaient nombreux, mais « les Eaux et Forêts » avaient fait appel aussi à une main d’oeuvre féminine. C’est ainsi que 4 jeunes femmes ou jeunes filles étaient  employées au TRI et à l’ENSACHAGE. Je les connaissais : Georgine Echégut, ma cousine, Madame Louise Beurrier,  Germaine Barrel (fille de Simon Barrel), Germaine Chardonnet. D’autres nous avaient précédées ; je me souviens seulement de Madame Lily Fayolle.
     Quand, en 1943, Germaine Chardonnet est partie, une place était libre ; je me suis dit : pourquoi pas moi ? Je me suis présentée, ai été embauchée en décembre et me voici à 16 ans1/2 à la Croix des Bois, découvrant en montant à droite sur la route de la Bosse, les  deux baraques oùj’allais travailler.
      Dans a plus grande était la TRIEUSE électriqu e , l a « criblette » comme on l’appelait. Les hommes apportaient le charbon de bois en camion, le déchargeaient dans des caisses ; une femme le déposait sur le tapis roulant, la machine séparait  gros morceaux et petits morceaux qui tombaient directement dans des sacs en papier. ("le poussier" était récupéré à part). Nous devions peser les sacs sur une bascule -10 à 12 kilos par sac- et les agrafer avec une agrafeuse à main. Le soir nous notions soigneusement le nombre de sacs confectionnés et les empilions dans un local selon les commandes.
     Des camions venaient prendre livraison ; ils venaient de partout : Bellenaves, Gannat,Menat, Varennes etc.
     Nous faisions 8 heures par jour,v6 jours sur 7. La grande baraque n’était pas chauffée l’hiver mais nous n’avions pas froid et s’il y avait trop de neige, nous ne venions pas travailler. Et puis nous allions manger le casse-croûte dans la petite baraque bien chauffée où nous pouvions aussi nous laver les mains et le visage, car la poussière noire se glissaitpartout ! Comme les autres, j’avais adopté la tenue vestimentaire la plus pratique : pantalon et veste de toile et, protection indispensable, le foulard sur la tête et autour du cou. Nous étions bien noires mais l’air que nous respirions n’était pas malsain. Et puis l’ambiance était sympathique, nous formions une bonne équipe ; j’étais jeune, j’aimais bien rire, les autres aussi !
      Après la guerre, la fabrication du charbon de bois a été arrêtée ; nous avons alors fabriqué du BOIS POUR LES GAZOGÈNES. Le bois était apporté en stères bien secs, puis scié en rondins à la main. Je me souviens de Monsieur Bal qui effectuait ce travail. Nous n’étions plus que 2 femmes à fendre ces rondins sur des « plots », avec des petites hachettes pour en faire  des bûchettes bien calibrées.
     0n utilisa ensuite une machine électrique, une FENDEUSE ; les rondins avançaient sur un tapis roulant, la machine les coupait mais il fallait bien surveiller car les « noeuds » ne passaient pas. Au bout du tapis roulant, une femme mettait les bûchettes dans des caisses que nous montions au grenier avec un treuil à main, une sorte de « tour de puits ».
     En 1946 cette fabrication a été arrêtée. En mai mon frère Ernest est parti travailler à la mine et mon dernier bulletin de salaire est daté du 31 juillet 1946.
     Malgré la guerre, je garde un bon souvenir de ces 2 ans ½ passés à travailler dans la forêt des Colettes.
     Que sont devenus les fours ? Avec l’autorisation des responsables, certains ont été récupérés par les gens des alentours ; ainsi nous en avions installé un dans un champ pour élever des poulets, le couvercle nous servait à protéger un tas de bois